Le genre : synthèse de tout ce que le cinéma indé fait de pire
Une chose que l’on peut dire de Shérif Jackson, c’est que la
bande-annocne était astucieuse. Elle promettait un western gentiment décalé et
grinçant, là où le film n’a en réalité ni queue ni tête. Le tout est bien
entendu emballé de critiques de Sundance qui se pâment devant le traitement
contemplatif intello de la nature et ce fameux renouveau du western que tout le
monde devrait appeler de ses vœux. Pourquoi, allez savoir ...
Sweetwater, selon son titre original est en réalité un
western à la fois prétentieux et feignasse, et tient pour moi plus de la
condescendance que de l’hommage au western. Puisque nous sommes dans le
western, le génie qui a écrit le scénario s’est dit qu’il fallait réduire l'intrigue à sa plus simple expression, ignorant au passage la vraisemblance et
la psychologie, pour revenir au cœur du genre. Un truc brut, tu vois…
Nous avons donc un méchant, très méchant, qui aime être méchant
parce que c’est comme ça, il aime bien ça le bougre. Un shérif chargé de le
confondre, qui est un original. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça, il
est original, ça ne s’explique pas. Et une femme qui veut se venger du méchant,
et de tous les hommes au passage. Elle fronce donc beaucoup les sourcils et
dézingue à tout va.
Manifestement, le scénar a comporté plus de détails,
notamment sur le passé de l’héroïne et son rapport avec sa mère et maquerelle, et par extension son rapport aux hommes. Mais
ces scènes ont disparu, en grande partie, au montage ou au tournage. Il en reste
cela dit des bouts dans les dialogues, des références à des personnages qu'on ne voit jamais,
rendant l’ensemble non seulement simpliste mais également confus. Je m'aperçois en faisant une vérification sur imdb que ce personnage à même un nom "Madame Bovary", nom qui n'est jamais cité dans le film.
Alors, oui, cela dit ,c’est joli. Très joli travail sur la
lumière du désert, sur la tombée de la nuit, lors de scènes arty longues et
totalement injustifiées. Ça pourrait éventuellement être contemplatif, si
seulement nous avions une réflexion à suivre avec les personnages, mais là on
est plus dans le pur remplissage, et la caution arty.
Je ne dirais pas non plus que c’est mal joué, mais les performances
n’ont aucun intérêt. Ed Harris est excentrique, danse dans le désert et porte
une veste bleue. Wow ! January Jones fronce les sourcils, n’a pas une
seule expression de tout le film, très minérale, comme dans X-Men, mais avec vêtements (quoiqu'on voit bien quelques seins).
Soit. Jason Isaacs grimace dans son rôle en puritain hypocrite et... méchant, grotesquement sous-employé
par rapport à ce qu’il faisait dans les Harry Potter (c’est dire à quel point
le film est bien écrit). L’ensemble qui n'est raccroché à aucune écriture,
évolution psychologique ou volonté de prouver quoi que ce soit suscitera au mieux un ennui
poli.
Le tout fait le choix, ou plutôt le non-choix putassier, de
jouer sur deux tableaux. Des scènes épurées de nature avec de la jolie musique pour
se pignoler sur la fibre « malickienne » du film et de l’ultra-violence
saupoudrée d’humour noir pour se ranger dans la veine de l’hommage décalée,
type Tarantino. Sans bien sûr n’avoir ni la volonté de réflexion sur l’homme de
l’un, ni la charge satirique de l’autre. Hypocrite et inutile.
La minute sériephile :
la mère/maquerelle apparaît dans une scène pas mal, qui laisse supposer un
scénario, avant d’être totalement mise de côté. C’est dommage, Amy Madigan st une
excellente actrice. Si vous voulez la voir dans un cadre poussiéreux, avec une réflexion
sur le bien et le mal, an général et au niveau individuel, elle jouait la
glaçante sœur du pasteur dans l’excellente série fantastique Carnivale.
La minute geek :
on apprend dans ce film qu’en 1880, tout forgeron de village pouvait
naturellement vous détailler la composition précise d’une balle, en identifiant
le pourcentage de chacun des métaux. Une piste les Experts avant l’heure
complètement idiote, comme tant de chose dans ce non-scénario.

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