Un Fil à la Patte, c’est un peu le blockbuster de la Comédie
Française cette année. Captation pour la télé, distribution à noms connus, dont
Guillaume Galienne, et, bien entendu, le metteur en scène Jérôme Deschamps,
père des Deschiens. Un des meilleurs vaudevilles de Feydeau, donc une pièce
comique, et facile, pour tous, carton plein.
En deux mots, une trame classique : un aristocrate sans
le sous vient pour rompre avec sa maîtresse puisqu’il va épouser une héritière,
mais ne parvient pas à rompre. La dite maîtresse, chanteuse de son état, ignore
que son amant va se marier, et accepte de chanter à la réception, embauchée par
la future belle-mère, qui ignore évidemment qu’elle est la maîtresse de son
futur gendre. On y ajoute un général sud-américain amoureux, on laisse les
quiproquos se multiplier, et c’est parti, les portes claquent, les personnages
sautent sous les canapés, et les majordomes restent de marbre.
Décors impeccables, costumes impeccables, petit bémol sur le
rôle principal, à mon avis trop vieux et trop bedonnant pour avoir à la fois
séduit la chanteuse de café-concert et l’héritière, mais peu importe, c’est
bien joué, c’est ce qui compte. Tout va bien, en fait jusqu’à l’arrivée de
Christian Hecq en Bouzin, le notaire un peu pervers, qui voudrait tant faire
partie de ce monde de mondains.
Il en fait des caisses, des mimiques à tout va pour le
moindre geste, il capte toute l’attention, tente de faire du Hirsch, mais pour
moi, non seulement ça tombe à plat, mais ça emporte la pièce avec. Je
m’explique. L’important dans le vaudeville, ce sont les situations, l’énergie
qu’elles suscitent, les fuites permanentes : dès qu’un personnage arrive,
deux autres doivent fuir pour éviter que les vérités éclatent; les malentendus se
multiplient, ça doit être hystérique.
Or ici, dès que le notaire est en scène, ses mimiques
allongent les scènes, ça traîne, ça devient lourd. Bouzin n’est pas un
personnage principal, c’est plutôt le running gag de la pièce, le mec qui veut
toujours rentrer, mais que personne ne veut voir, et qui se fait, du coup,
toujours virer. Pour faire un mélange des genres de références, Bouzin, c’est
Jazz dans le Prince de Bel Air. Ce qu’on aime voir, ce n’est pas Jazz, c’est
voir Oncle Phil le jeter hors de la maison.
Je m’interroge donc un peu sur le pourquoi de ce parti pris. Deschamps et Mayette ont-ils estimé que le
texte ne se suffisait pas à lui-même, et devait être enrichi pour être
drôle ? Dommage de mépriser autant le répertoire, et surtout de rater une
mise en scène pour cette raison. J’attends un peu mieux de la Comédie Française
(ou non, après tout, j’ai quand même vu pas mal de catastrophes là-bas, dont le
calamiteux Savannah Bay de Duras, avec ses 20 secondes de blanc entre les
répliques. OK, le silence est important chez Duras, c’est là que se glisse le
non-dit, tout ça, tout ça, mais, là, même le public en était gêné).
Si vous tenez absolument à voir du vaudeville, qui ne
méprise pas son texte, allez plutôt voir La Vie Parisienne dans la mise en
scène de Sachs. C’est exactement l’inverse : on commence sans décor, sans
costumes, et en se moquant ouvertement de la légèreté de l’intrigue, et puis
tout se met en place, le moteur démarre, et on part vers une mise en scène de
plus en plus complète qui met en avant ce qui fait le succès et le talent de ce
type de spectacle, leur énergie, pas le sens qu’on leur donne.
La minute geek :
sur une pièce du XIXème, c’est chaud. Ou alors c’est que la mise en scène
part un peu en sucette. Mais ça s’est vu, notamment les scènes de kung fu dans
le Dindon. Tiens, c’était déjà à la Comédie Française. Si vous avez un problème
avec le vaudeville, arrêtez d’en faire, les gars.
La minute du
sériephile : Christian Hecq était pourtant bon dans le rôle du légiste
de l’équipe de Crimes en série, une
tentative française de faire Esprits
Criminels avant l’heure, et avec Pascal Légitimus dans le rôle principal. Trop
décalé, ça n’a pas marché. Dommage, quelques bons épisodes, notamment celui
avec Jean-Pierre Cassel, chirurgien amoureux touchant.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire