mercredi 1 août 2012

Théâtre: Un fil à la patte, voire un boulet



Un Fil à la Patte, c’est un peu le blockbuster de la Comédie Française cette année. Captation pour la télé, distribution à noms connus, dont Guillaume Galienne, et, bien entendu, le metteur en scène Jérôme Deschamps, père des Deschiens. Un des meilleurs vaudevilles de Feydeau, donc une pièce comique, et facile, pour tous, carton plein.

En deux mots, une trame classique : un aristocrate sans le sous vient pour rompre avec sa maîtresse puisqu’il va épouser une héritière, mais ne parvient pas à rompre. La dite maîtresse, chanteuse de son état, ignore que son amant va se marier, et accepte de chanter à la réception, embauchée par la future belle-mère, qui ignore évidemment qu’elle est la maîtresse de son futur gendre. On y ajoute un général sud-américain amoureux, on laisse les quiproquos se multiplier, et c’est parti, les portes claquent, les personnages sautent sous les canapés, et les majordomes restent de marbre.

Décors impeccables, costumes impeccables, petit bémol sur le rôle principal, à mon avis trop vieux et trop bedonnant pour avoir à la fois séduit la chanteuse de café-concert et l’héritière, mais peu importe, c’est bien joué, c’est ce qui compte. Tout va bien, en fait jusqu’à l’arrivée de Christian Hecq en Bouzin, le notaire un peu pervers, qui voudrait tant faire partie de ce monde de mondains.

Il en fait des caisses, des mimiques à tout va pour le moindre geste, il capte toute l’attention, tente de faire du Hirsch, mais pour moi, non seulement ça tombe à plat, mais ça emporte la pièce avec. Je m’explique. L’important dans le vaudeville, ce sont les situations, l’énergie qu’elles suscitent, les fuites permanentes : dès qu’un personnage arrive, deux autres doivent fuir pour éviter que les vérités éclatent; les malentendus se multiplient, ça doit être hystérique.

Or ici, dès que le notaire est en scène, ses mimiques allongent les scènes, ça traîne, ça devient lourd. Bouzin n’est pas un personnage principal, c’est plutôt le running gag de la pièce, le mec qui veut toujours rentrer, mais que personne ne veut voir, et qui se fait, du coup, toujours virer. Pour faire un mélange des genres de références, Bouzin, c’est Jazz dans le Prince de Bel Air. Ce qu’on aime voir, ce n’est pas Jazz, c’est voir Oncle Phil le jeter hors de la maison.



Je m’interroge donc un peu sur le pourquoi de ce parti pris.  Deschamps et Mayette ont-ils estimé que le texte ne se suffisait pas à lui-même, et devait être enrichi pour être drôle ? Dommage de mépriser autant le répertoire, et surtout de rater une mise en scène pour cette raison. J’attends un peu mieux de la Comédie Française (ou non, après tout, j’ai quand même vu pas mal de catastrophes là-bas, dont le calamiteux Savannah Bay de Duras, avec ses 20 secondes de blanc entre les répliques. OK, le silence est important chez Duras, c’est là que se glisse le non-dit, tout ça, tout ça, mais, là, même le public en était gêné).

Si vous tenez absolument à voir du vaudeville, qui ne méprise pas son texte, allez plutôt voir La Vie Parisienne dans la mise en scène de Sachs. C’est exactement l’inverse : on commence sans décor, sans costumes, et en se moquant ouvertement de la légèreté de l’intrigue, et puis tout se met en place, le moteur démarre, et on part vers une mise en scène de plus en plus complète qui met en avant ce qui fait le succès et le talent de ce type de spectacle, leur énergie, pas le sens qu’on leur donne.

La minute geek : sur une pièce du XIXème, c’est chaud. Ou alors c’est que la mise en scène part un peu en sucette. Mais ça s’est vu, notamment les scènes de kung fu dans le Dindon. Tiens, c’était déjà à la Comédie Française. Si vous avez un problème avec le vaudeville, arrêtez d’en faire, les gars.

La minute du sériephile : Christian Hecq était pourtant bon dans le rôle du légiste de l’équipe de Crimes en série, une tentative française de faire Esprits Criminels avant l’heure, et avec Pascal Légitimus dans le rôle principal. Trop décalé, ça n’a pas marché. Dommage, quelques bons épisodes, notamment celui avec Jean-Pierre Cassel, chirurgien amoureux touchant.

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