vendredi 10 août 2012

Abraham Lincoln, soleil WTF d'un été pourri




Quand je regarde la liste des films que j’ai vus et chroniqués ici, je m’aperçois que je me suis plutôt penché sur du blockbuster américain que sur du film intimiste algérien. Faiblesse humaine et mois d'août, je vais tenter de rectifier le tir. Promis, le prochain film que je vais voir, c’est Adieu Berthe (et certainement pas les Enfants de Belle Ville, je peux pas blairer Asghar Farhadi, j’ai trouvé qu’Une Séparation était un téléfilm médiocre et une imposture intellectuelle de la plus belle eau).

Peu importe, que dire d’Abraham Lincoln chasseur de vampires ? Tout d’abord, que c’est tiré d’un roman de Seth Grahame Smith, qui est un auteur qui va devoir évoluer, mais dont le tour de force littéraire suscite chez moi une certaine admiration. Son tour de force : prendre Raisons et Sentiments de Jane Austen, ne rien, strictement rien, enlever du texte original, mais rajouter des membres de phrase, des adjectifs, des paragraphes, en respectant le style et l’intrigue. Pour ajouter des zombies. Soit un roman du XIXème, avec des zombies, élégamment appelés « The Stricken Ones » par les personnages.

Incroyable illustration de la scène où Elizabeth et Mr. Darcy s'avouent leur amour en se castagnant.


Après, le film rentre dans la même catégorie que des films comme Battleship, à savoir la catégorie des films où l’image l’emporte sur tout le reste. Le film est manifestement pensé autour de scènes de bravoure, le scénario servant à meubler des respirations entre les dites scènes. Ce type de film où l’on se demande constamment si quelqu’un a lu le scénario avant de signer la ligne de crédit. Dans un sens, c’est un archi-classique, très maniéré, du film fantastique, où aucun plan classique ne nous est épargné : les arrivées au ralenti du héros, la scène d’entraînement où il acquiert sa signature (ici, la hache et le chapeau), le bullet-time… 

Au moins, Timur Bekmambetov s’est amusé. On lui a permis de réaliser tous ses fantasmes, et il ne s’en est pas privé. Il a pioché un peu partout, chez Tim Burton, d’ailleurs producteur, pour son ambiance, chez Neil Jordan pour l’imagerie des vampires de la Nouvelle Orléans, chez Zack Snyder pour ses combats en bullet time, chez Docteur House pour la scène de révélation (dite scène de la fourchette, qui restera un moment culte). Et il a joué comme un gamin avec ses références. Un peu comme un Xavier Dolan de l'action movie qui réaliserait Blade

Il ne s’est rien interdit : la bataille dans le train lancé à pleine vitesse sur le pont en flammes, la bataille de Gettysburg contre les vampires sudistes, tout y passe. Tout le sens de l’image est dans la minutie des chorégraphies de combat et des montages de ces combats. Les décors, les costumes, tout ça est un peu approximatif, mais Timur s’en fout, le film n’est pas là.

Curieusement, c’est un peu l’anti Dark Shadows. Là où le Burton devenait lourd, et long, à force de se prendre au sérieux et de chercher son ton, Abraham Lincoln a le mérite de ne rien respecter, et de résolument choisir le chemin de la dérision et du cliché assumé.

Même chose pour le scénario, il conçoit son film comme Dan Brown écrit : il faut un rebondissement toutes les 5 min. Forcément, c'est rapide et très rythmé (très con aussi, je veux bien le reconnaître), mais ça change de The Dark Knight Rises ou du dernier Spiderman, deux films qui justifient les longueurs en prétendant avoir quelque chose d'intelligent à dire.. Au bout de 5 minutes, les vampires sont là, la hache au bout de 15. 

Après, le film peut se concentrer sur ce qu’il a promis, du combat foutraque et de la décapitation originale de vampires (étagère, soufflet de forge, à cheval, en train…) et une utilisation de la 3D plutôt ludique. Elle est d’ailleurs à l’avenant du film : c’est un gadget, autant l’exploiter pour rigoler. Elle ne sert pas tant à donner de la profondeur qu’à envoyer des objets de toutes sortes à la gueule du spectateur.

Je ne commenterai pas trop le jeu des acteurs, archi classique pour un film pop-corn de ce type, oscillant entre punchlines comiques et phrases grandiloquentes sur la vengeance, la guerre. Mention spéciale à Rufus Sewell. Je pense que ce garçon choisit ses films sur un seul critère, être en costume d’époque, de n’importe quelle époque. Il porte très bien les lunettes de soleil vintage XIXème. C’est un des aspects sympathiques du film, les vampires portent des lunettes de soleil, ce qui donne lieu à une ébouriffante galerie de ce que le directeur artistique pense être des lunettes de soleil d’époque.  Et pourtant, au XIXème, la lunette de soleil n’est pas fashion, elle n’est prescrite qu’aux personnes atteintes de la syphilis, plus sensibles à la lumière…

Pour résumer, oui, c’est clairement un film de genre, totalement assumé et bien réalisé. Une œuvre d’artisan qui connaît sur le bout des doigts son métier, sans la prétention d’un designer qui veut t’expliquer ce qui est beau, et ce qui est bien. Le public rit constamment de bon cœur devant les énormités du scénario, se pince en se disant qu’il ne va pas oser tel retournement ou tel effet. Mais si, il ose, et c’est incroyablement rythmé, comme un dessin animé, et je ne boude pas mon plaisir.

La minute geek : la scène ou le vampire Adam résume l’histoire humaine et où les tableaux s’animent au fur et à mesure de son récit rappelle furieusement l’introduction de God of War. Que tout le monde avait salué à l’époque comme un bijou d’inventivité.

La minute du sériephile : il m’arrive de regarder un peu Vampire Diaries, voire un peu honteusement Teenwolf. Et bien je trouve que ce manque de mesure propre au film manque à ces séries. Or c'est justement quand Buffy a jeté aux orties tout semblant de vraisemblance et de cohérence que c’est devenu une bonne série.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire