lundi 4 février 2013

Jack Reacher, un film curieusement centriste, mais très efficace





Le genre : scandaleuse incitation à ne pas payer le stationnement.

Comme tout le monde, en voyant la bande-annonce, je me suis dit au début, tiens, Tom Cruise a décidé de se payer son Drive. Pourquoi pas, après tout ce garçon fait ce qu’il veut de son argent. Dans la seconde partie de la bande-annonce, quand j’ai vu les poursuites et les fusils d’assaut, je me suis aussi dit qu’il n’avait peut-être pas totalement compris ce qui fait l’intérêt de Drive. Mais bon, j’y suis allé quand même. 

Et j’ai eu bien raison, la bande-annonce est une vaste blague destinée 1) à amener les gens qui ont aimé Drive voir un Tom Cruise 2) à amener les gens qui ont aimé XXX à voir le film. Or il ne ressemble ni à l’un, ni à l’autre. Jack Reacher est un film d’enquête, plutôt complexe, bien mené, avec un héros qui n’hésite pas à péter la gueule des suspect au besoin, dans la plus pure tradition du polar américain. Bref, un film policier archi-classique, et même d’une certaine élégance. 

Pour résumer, un sniper fou tue 5 personnes à Pittsburgh (je crois, mais ça n’est jamais clairement dit, et on s’en cogne). Devant les multiples preuves récoltées par la police scientifique, le suspect est arrêté, et ne demande qu’une chose, qu’on lui trouve Jack Reacher. Le dit Jack Reacher, ancien as de la police militaire débarque, explique que le suspect n’en serait pas à son coup d’essai, même si la précédente affaire a été étouffée, mais trouve quand même que la scène de crime est trop parfaite : franchement, pourquoi le tueur aurait-il payé le parking ? Il flaire autre chose, et il a évidemment raison.

Sur cette trame, Christopher McQuarrie nous pond un film fluide, qui monte en permanence en tension et dans lequel les apparences sont souvent trompeuses. Sa galerie de personnage est assez fine, à commencer par Jack Reacher, arrogant et insupportablement sûr de son fait, qu’il s’agisse de se battre seul contre 5 types ou de mener un interrogatoire. Violent et précis, mais forcé de s’adapter avec humour aux circonstances. Son apparente indifférence fonctionne d’ailleurs bien à Tom Cruise, dont le visage ne bouge plus depuis vingt ans. C’est quasiment un concept, plus qu’un personnage.

Robert Duvall en amateur d’armes libertarien et sidekick improbable est très bon, comme Richard Jenkins en procureur pleutre, même trop pleutre pour être un méchant. Je ne comprends pas bien ce qui a poussé Werner Herzog à accepter son rôle de grand instigateur du complot, mais il est impeccable, comme Rosamund Pike en avocate idéaliste avec un vieux problème d’ego familial à régler. 

C’est d’ailleurs par ses personnages que le film est curieusement centriste. A la fois critique d’un conflit irakien manipulé par des intérêts privés et de la folie des amateurs d’arme anti-gouvernement, mais avec un héros qui ne respecte pas vraiment non plus la justice. C’est assez rare, on oscille entre le « tous pourris » de droite d’un Dirty Harry et le « tous pourris » de gauche d’un Michael Moore. Le héros comme son antagoniste sont d’ailleurs quasiment anarchistes, mais avec une nonchalance élégante.

Le film fait également preuve d’un sens du dialogue beaucoup plus poussé que la moyenne, aussi bien dans  les scènes d’action, où Tom Cruise est sans cesse ahuri du concours de circonstances contre lui, que dans les scènes d’enquête plus classiques. On retiendra la scène de présentations à l’hôpital, conclue par le très inspiré « Weird meeting you » de David Oyewolo, et la réplique désabusée de Tom Cruise à Robert Duvall sur son obsolescence d’homme analogue dans un monde digital.

Les scènes d’action, peu nombreuses, contrairement à ce que laisse penser la bande-annonce, sont assez surprenantes, toujours courtes, puisque Jack Reacher est quand même super bad ass, et souvent drôles, ce qui ne gâte rien. Je pense notamment à la fin de la poursuite en voiture, contrepoint assez génial où le héros s’enfuit tranquillement en prenant le bus.

L’ensemble fonctionne bien, sans se prendre la tête. Un polar malin et bien exécuté, pas aussi étonnant que Drive, mais aussi beaucoup moins pompeux que Cogan. C’est devenu si rare, un film qui ne s’effondre pas sous le poids d’ambitions un peu ridicules…

La minute du sériephile : David Oyewolo, ici flic louche, jouait le méchant dans Rise of the Planet of the Apes. Se destine-t-il à une carrière de méchant noir en costume ? Ce serait dommage, il était si sympathique en espion amoureux dans MI-5. Malheureusement pour lui,  dans cette série, même les personnages principaux ont la vie courte ; il n’a fait que les 3 premières saisons. Et son personnage ne risque pas de revenir.

La minute geek : pas grand-chose à se mettre sous la dent. Un film pas très geek, ce qui n’est pas très étonnant, le film est assez peu référencé, puisqu’il reste remarquablement centré sur son sujet.

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