Le genre : troisième degré raté
Martin McDonagh avait cueilli tout le monde avec son Bons baisers de Bruges en 2008. On y
retrouvait l’inventivité des premiers Guy Ritchie, celle que Guy semble avoir
perdue, ses situations absurdes, ses gangsters paumés et son rythme. Le film ne
devait pas en principe être distribué aux Etats-Unis, mais devant le succès, il
l’a été. Et du coup, on a bombardé le réalisateur de nouveaux moyens, et
notamment d’un casting en or massif.
Seulement voilà, là où tout le film précédent tournait sur
un casting réduit et une unité de lieu relative, les 7 psychopathes multiplient
les lieux, les personnages, les caméos de luxe - que viennent faire Michael
Pitt et Gabourey Sidibe dans cette galère ? Surtout dans des rôles aussi
anecdotiques - et les temporalités.
Le tout dans une intrigue qui se veut une réflexion inspirée et ironique sur le
polar, mais qui plombe complètement le film.
Prises isolément, pas mal de scènes dont drôles, un peu inventives,
plutôt pas mal écrites (encore que, je trouve les effets très, très faciles par
moment, notamment dans les dialogues), mais l’ensemble n’est pas cohérent. Ça
ne va nulle part, et on finit par perdre tout intérêt dans ce qui se passe à
l’écran.
L’histoire est assez simple, un scénariste d’Hollywood
cherche l’inspiration, et la trouve auprès d’un semi acteur semi escroc, qui
l’entraîne dans une histoire avec des vrais méchants. Le scénariste est
vaguement alcoolo, thème récurrent qui n’amène en fait strictement rien à
l’ensemble, si ce n’est une consistance falote et factice à un personnage
totalement transparent. C’est l’effet Petits
Mouchoirs: plutôt que de tenter d’approfondir les personnages on va les
« caractériser », en leur donnant un trait dominant, c’est plus
facile.
Mc Donagh qui a co-écrit le film est complètement largué. Il
a voulu faire du Charlie Kaufman, en mélangeantune partie de l’intrigue qui est
réelle, une partie qui est le scénario en cours d’écriture par le personnage,
et une autre partie qui est ce que les autres personnages ajouteraient au dit scénario.
Pour compliquer le tout, l’un des personnages, l’acteur, agit précisément en
fonction du fait que son histoire finira par devenir un scénario, là où
l’autre, le scénariste, lui répète que la vie et le cinéma, c’est différent.
Ha ! Ha ! Ha ! Oh que c’est astucieux et original ! C’est beaucoup trop faussement intello et
prétentieux pour avoir la bonne foi énergique d’un Expendables.
La même logique du trait dominant étant appliquée à chacun
des personnages. On sent que le casting
des psychopathes voudrait bien faire semblant de s’amuser, personne ne croit
vraiment à l’ensemble. Pas plus Woody Harrelson en mafieux prêt à tout pour
sauver son petit chien, que Christopher Walken en ex-tueur mais chrétien
philosophe.
Sur le plan de l’image, je le répète, prises isolément, pas
mal de scènes sont intéressantes, notamment la partie sur le tueur Amish, avec
un Harry Dean Stanton mutique et très drôle. Quelques dialogues marrants,
quoique le film souffre du syndrome du tout dans la bande annonce et que le décalage voulu et censément surprenant entre le calme des personnages et leurs éclats de violence verbale soit vite pénible.
On a un film qui lorgne clairement sur Guy Ritchie et ses
scénarios à coïncidence, sans en avoir le sens du timing, sur Tarantino sans en
avoir le sens du dialogue et de la narrativité, et sur Kaufman, sans en avoir
l’intelligence, ni la poésie. Un film qui se défend d’être prétentieux, mais
qui l’est, moins stupide que d’autres mais raté.
La minute du
sériephile : Željko Ivanek, vient cachetonner ici en homme de main.
C’est dommage que les réalisateurs ne comprennent pas plus que son intérêt
réside dans la fragilité qu’il sait déployer, même quand il joue une raclure.
Son meilleur rôle reste d’ailleurs pour moi Ray Fiske dans Damages, même si en gouverneur Devlin dans OZ, il n’était pas mal non plus.

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