vendredi 8 février 2013

1 scénariste n’aurait pas fait de mal aux 7 psychopathes.





Le genre : troisième degré raté

Martin McDonagh avait cueilli tout le monde avec son Bons baisers de Bruges en 2008. On y retrouvait l’inventivité des premiers Guy Ritchie, celle que Guy semble avoir perdue, ses situations absurdes, ses gangsters paumés et son rythme. Le film ne devait pas en principe être distribué aux Etats-Unis, mais devant le succès, il l’a été. Et du coup, on a bombardé le réalisateur de nouveaux moyens, et notamment d’un casting en or massif.

Seulement voilà, là où tout le film précédent tournait sur un casting réduit et une unité de lieu relative, les 7 psychopathes multiplient les lieux, les personnages, les caméos de luxe - que viennent faire Michael Pitt et Gabourey Sidibe dans cette galère ? Surtout dans des rôles aussi anecdotiques  - et les  temporalités. Le tout dans une intrigue qui se veut une réflexion inspirée et ironique sur le polar, mais qui plombe complètement le film. 

Prises isolément, pas mal de scènes dont drôles, un peu inventives, plutôt pas mal écrites (encore que, je trouve les effets très, très faciles par moment, notamment dans les dialogues), mais l’ensemble n’est pas cohérent. Ça ne va nulle part, et on finit par perdre tout intérêt dans ce qui se passe à l’écran.

L’histoire est assez simple, un scénariste d’Hollywood cherche l’inspiration, et la trouve auprès d’un semi acteur semi escroc, qui l’entraîne dans une histoire avec des vrais méchants. Le scénariste est vaguement alcoolo, thème récurrent qui n’amène en fait strictement rien à l’ensemble, si ce n’est une consistance falote et factice à un personnage totalement transparent. C’est l’effet Petits Mouchoirs: plutôt que de tenter d’approfondir les personnages on va les « caractériser », en leur donnant un trait dominant, c’est plus facile.

Mc Donagh qui a co-écrit le film est complètement largué. Il a voulu faire du Charlie Kaufman, en mélangeantune partie de l’intrigue qui est réelle, une partie qui est le scénario en cours d’écriture par le personnage, et une autre partie qui est ce que les autres personnages ajouteraient au dit scénario. Pour compliquer le tout, l’un des personnages, l’acteur, agit précisément en fonction du fait que son histoire finira par devenir un scénario, là où l’autre, le scénariste, lui répète que la vie et le cinéma, c’est différent. Ha ! Ha ! Ha ! Oh que c’est astucieux et original !  C’est beaucoup trop faussement intello et prétentieux pour avoir la bonne foi énergique d’un Expendables.

La même logique du trait dominant étant appliquée à chacun des personnages.  On sent que le casting des psychopathes voudrait bien faire semblant de s’amuser, personne ne croit vraiment à l’ensemble. Pas plus Woody Harrelson en mafieux prêt à tout pour sauver son petit chien, que Christopher Walken en ex-tueur mais chrétien philosophe. 

Sur le plan de l’image, je le répète, prises isolément, pas mal de scènes sont intéressantes, notamment la partie sur le tueur Amish, avec un Harry Dean Stanton mutique et très drôle. Quelques dialogues marrants, quoique le film souffre du syndrome du tout dans la bande annonce et que le décalage voulu et censément surprenant entre le calme des personnages et leurs éclats de violence verbale soit vite pénible. 

On a un film qui lorgne clairement sur Guy Ritchie et ses scénarios à coïncidence, sans en avoir le sens du timing, sur Tarantino sans en avoir le sens du dialogue et de la narrativité, et sur Kaufman, sans en avoir l’intelligence, ni la poésie. Un film qui se défend d’être prétentieux, mais qui l’est, moins stupide que d’autres mais raté. 

La minute du sériephile : Željko Ivanek, vient cachetonner ici en homme de main. C’est dommage que les réalisateurs ne comprennent pas plus que son intérêt réside dans la fragilité qu’il sait déployer, même quand il joue une raclure. Son meilleur rôle reste d’ailleurs pour moi Ray Fiske dans Damages, même si en gouverneur Devlin dans OZ, il n’était pas mal non plus.

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