vendredi 2 mai 2014

The amazing Brandman, le destin d’une franchise




Le genre : épisode de série avec plus de moyens

Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais été un grand grand fan de Spiderman au cinéma. Je reconnais que le travail d’Avi Arad pour imposer le premier film a été l’étincelle qui a relancé le film de super-héros, mais je ne trouvais pas la précédente trilogie très convaincante. Probablement parce qu’elle n’a jamais su trouver le bon équilibre entre le drame ado, avec tout ce que cela comporte de pathos, et l’humour qui est au cœur du personnage de Spiderman dans les comics.

Je trouvais le reboot plutôt malin, notamment parce qu’il faisait de Peter Parker un personnage beaucoup plus confiant, séducteur et, assez logiquement, un peu connard. Après tout, quel adolescent qui se découvre surpuissant ne prendrait pas plaisir à en profiter ? Je trouvais aussi que la nouvelle franchise faisait de NY un personnage, là où la précédente se faisait quasiment violence pour mettre une scène sur ce thème dans chaque film.

Alors, que penser de ce second volet ? Je suis perplexe. Très perplexe. D’un côté, la 3D est très bien exploitée dans les scènes d’action, magistrales, mais de l’autre, j’ai rarement vu un film aussi mal conçu. Du début à la fin, il souffre d’un trop plein de tout et n’importe quoi, sans offrir de réelle structure.
Selon le bon vieux syndrome de Transformers 3, la scène d’ouverture est naturellement une scène d’action, suivie ensuite d’une bonne heure d’exposition, incroyablement longue, parsemée de touches d’humour. Or, si les blagues fonctionnent, on ne sait absolument pas où on va. Et puis, tout d’un coup, tout s’emballe, de façon totalement absurde.

Le combat final, notamment, contre le méchant est à la limite du caricatural : Spiderman finit évidemment par vaincre Electro, quand, boum, après même pas 30 secondes de calme, le Bouffon Vert (quasi absent de l’intrigue jusque-là, en tant que tel) débarque, ce qui enchaîne sur un second combat. Même en termes de direction artistique ce choix est absurde. Pour créer un changement visuel, on passe donc d’une centrale ultra high tech à une tour d’horloge façon Arkham, qui n’a absolument rien à faire là, puisque nous sommes toujours dans la centrale.

Les interprètes sont bons, la question n’est pas là. Jamie Foxx, notamment, dans son rôle de loser fan de Spiderman, à la limite d’ailleurs de l’érotomanie, au sens psychiatrique du terme, est très drôle. Dane DeHaan est impeccable dans son personnage à la limite de la folie, bien mieux que James Franco. Il rend crédible le glissement vers le Bouffon Vert, tant son Harry Osborne est borderline dès le début. Fasciné par le pouvoir que lui donne l’argent, il est le pendant sombre de Parker, idée intéressante. 

Point amusant, la stratégie marketing bâtie autour d’Andrew Garfield semble fonctionner puisque la salle était pas mal remplie de bandes de copines. Elles en ont d'ailleurs pour leur argent, Spiderman ayant maintenant une fâcheuse tendance à se dessaper devant la caméra de façon un peu gratuite. 

Autre écueil du film, en revanche, c’est qu’Emma Stone devait sortir de l’histoire. On le sait, l’amour de la vie de Peter, c’est MJ, pas Gwen Stacy. Et préparer cette transition semble être le seul enjeu dramatique de ce film. Tout le film n’est en fait que de la construction de franchise suivante, sans la moindre ambition artistique ou scénaristique. Sortir Gwen Stacy et introduire les méchants de Spiderman 3 et de son spin-off, Sinister Six, voilà ce qui nous est en fait infligé pendant deux heures. Le tout à coup de plans suggestifs sur le futur Octopus et d'introduction de futurs personnages comme Félicia. Le Bouffon Vert, présenté comme l'in des grands méchants, n’a ici pas d’autre fonction que d’être introduit pour la suite.

Le destin d’un héros est loin d’être le pire film de super-héros qui soit et reste supérieur, mettons, au précédent Spiderman 2. Mais le sentiment d’être pris pour un con ne me quitte pas. Tout le film pourrait tenir dans la première demi-heure du 3 et lui servir d’ouverture, mais non, pourquoi s’en priver, autant faire un film complet en rajoutant de façon totalement artificielle un faux méchant prétexte pour allonger la sauce. 

Ca augure assez mal de la suite, puisque Sony a manifestement décidé d’exploiter jusqu’à la corde son bout de droits Marvel et annonce déjà deux spin-off qui sortiront avant Spiderman 4. Que Marvel/Disney se permette ce genre de choses avec l’univers des Vengeurs, c’est logique, et même là les résultats sont mitigés (j’en prends pour exemple la très bancale franchise Thor, entre un 1 moyennement réussi et un 2 qui vire au plus grand WTF et l'impossibilité de faire un film regardable sur Hulk). Mais 6 films sur Spiderman ? Sérieusement ?

La minute geek : je le disais déjà du premier, mais Gwen Stacy s’est quand même topé un super bon stage pour une lycéenne. Non contente dans le premier d’avoir accès aux labos secrets d’Oscorp, on apprend ici qu’elle est qualifiée pour rebooter la totalité du système électrique de NY. J’ai hâte de lire son rapport de stage.

La minute sériephile : je sais que Sally Field, ça devrait m’évoquer Norma Rae (excellent film au demeurant), mais dès que je la vois, je repense à son rôle de mère bipolaire d’Abby dans Urgences. C’est cela dit un choix logique pour tante May, qui en fait, dans le prolongement de Norma Rae, un genre d’icône de l’Amérique qui se lève tôt. Une bonne idée sous exploitée.

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