Le genre :
épisode de série avec plus de moyens
Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais été un grand
grand fan de Spiderman au cinéma. Je reconnais que le travail d’Avi Arad pour
imposer le premier film a été l’étincelle qui a relancé le film de super-héros,
mais je ne trouvais pas la précédente trilogie très convaincante. Probablement
parce qu’elle n’a jamais su trouver le bon équilibre entre le drame ado, avec
tout ce que cela comporte de pathos, et l’humour qui est au cœur du personnage
de Spiderman dans les comics.
Je trouvais le reboot plutôt malin, notamment parce qu’il
faisait de Peter Parker un personnage beaucoup plus confiant, séducteur et,
assez logiquement, un peu connard. Après tout, quel adolescent qui se découvre
surpuissant ne prendrait pas plaisir à en profiter ? Je trouvais aussi que
la nouvelle franchise faisait de NY un personnage, là où la précédente se
faisait quasiment violence pour mettre une scène sur ce thème dans chaque film.
Alors, que penser de ce second volet ? Je suis
perplexe. Très perplexe. D’un côté, la 3D est très bien exploitée dans les
scènes d’action, magistrales, mais de l’autre, j’ai rarement vu un film aussi
mal conçu. Du début à la fin, il souffre d’un trop plein de tout et n’importe
quoi, sans offrir de réelle structure.
Selon le bon vieux syndrome de Transformers 3, la scène d’ouverture
est naturellement une scène d’action, suivie ensuite d’une bonne heure d’exposition,
incroyablement longue, parsemée de touches d’humour. Or, si les blagues
fonctionnent, on ne sait absolument pas où on va. Et puis, tout d’un coup, tout
s’emballe, de façon totalement absurde.
Le combat final, notamment, contre le méchant est à la
limite du caricatural : Spiderman finit évidemment par vaincre Electro,
quand, boum, après même pas 30 secondes de calme, le Bouffon Vert (quasi absent
de l’intrigue jusque-là, en tant que tel) débarque, ce qui enchaîne sur un
second combat. Même en termes de direction artistique ce choix est absurde.
Pour créer un changement visuel, on passe donc d’une centrale ultra high tech
à une tour d’horloge façon Arkham, qui n’a absolument rien à faire là, puisque
nous sommes toujours dans la centrale.
Les interprètes sont bons, la question n’est pas là. Jamie Foxx,
notamment, dans son rôle de loser fan de Spiderman, à la limite d’ailleurs de l’érotomanie,
au sens psychiatrique du terme, est très drôle. Dane DeHaan est impeccable
dans son personnage à la limite de la folie, bien mieux que James Franco. Il rend crédible le
glissement vers le Bouffon Vert, tant son Harry Osborne
est borderline dès le début. Fasciné par le pouvoir que lui donne l’argent, il
est le pendant sombre de Parker, idée intéressante.
Point amusant, la stratégie marketing bâtie autour d’Andrew
Garfield semble fonctionner puisque la salle était pas mal remplie de bandes de
copines. Elles en ont d'ailleurs pour leur argent, Spiderman ayant maintenant une fâcheuse
tendance à se dessaper devant la caméra de façon un peu gratuite.
Autre écueil du film, en revanche, c’est qu’Emma Stone
devait sortir de l’histoire. On le sait, l’amour de la vie de Peter, c’est MJ,
pas Gwen Stacy. Et préparer cette transition semble être le seul enjeu dramatique de ce film.
Tout le film n’est en fait que de la construction de franchise suivante, sans la
moindre ambition artistique ou scénaristique. Sortir Gwen Stacy et introduire les méchants de Spiderman 3
et de son spin-off, Sinister Six, voilà ce qui nous est en fait infligé pendant
deux heures. Le tout à coup de plans suggestifs sur le futur Octopus et d'introduction de futurs personnages comme Félicia. Le
Bouffon Vert, présenté comme l'in des grands méchants, n’a ici pas d’autre fonction que d’être introduit pour la suite.
Le destin d’un héros est loin d’être le pire film de
super-héros qui soit et reste supérieur, mettons, au précédent Spiderman 2.
Mais le sentiment d’être pris pour un con ne me quitte pas. Tout le film
pourrait tenir dans la première demi-heure du 3 et lui servir d’ouverture, mais
non, pourquoi s’en priver, autant faire un film complet en rajoutant de façon
totalement artificielle un faux méchant prétexte pour allonger la sauce.
Ca augure assez mal de la suite, puisque Sony a
manifestement décidé d’exploiter jusqu’à la corde son bout de droits Marvel et
annonce déjà deux spin-off qui sortiront avant Spiderman 4. Que Marvel/Disney
se permette ce genre de choses avec l’univers des Vengeurs, c’est logique, et
même là les résultats sont mitigés (j’en prends pour exemple la très bancale
franchise Thor, entre un 1 moyennement réussi et un 2 qui vire au plus grand WTF et l'impossibilité de faire un film regardable sur Hulk).
Mais 6 films sur Spiderman ? Sérieusement ?
La minute geek :
je le disais déjà du premier, mais Gwen Stacy s’est quand même topé un
super bon stage pour une lycéenne. Non contente dans le premier d’avoir accès
aux labos secrets d’Oscorp, on apprend ici qu’elle est qualifiée pour rebooter
la totalité du système électrique de NY. J’ai hâte de lire son rapport de
stage.
La minute sériephile :
je sais que Sally Field, ça devrait m’évoquer Norma Rae (excellent film au
demeurant), mais dès que je la vois, je repense à son rôle de mère bipolaire d’Abby
dans Urgences. C’est cela dit un choix logique pour tante May, qui en fait,
dans le prolongement de Norma Rae, un genre d’icône de l’Amérique qui se lève
tôt. Une bonne idée sous exploitée.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire