jeudi 7 mars 2013

Dans la solitude du spectateur face à Koltès




Le genre : théâtre pour mec à veste en velours côtelé

C’est toujours compliqué d’aller voir Koltès, ou Beckett, dans un même ordre d’idée, quoique le courant théâtral soit différent. Le message de Koltès passe par le média du théâtre en tant que forme d’écriture, mais, pour moi, pas forcément en tant que forme d’expression. En l’espèce, Dans la solitude des champs de coton est un dialogue entre deux personnages, mais tient assez peu du théâtre, autant que, mettons, le Neveu de Rameau

C’est l’une des principales difficultés de cette pièce. Je ne mets pas en cause le jeu des deux acteurs, au demeurant très convaincants, ou la mise en scène, assez épurée, ce qui fonctionne bien ici. A ce titre, le Théâtre du Nord Ouest fait toujours de bonnes choses avec peu de moyens. C’est un théâtre curieux, tout petit, dans lequel les spectateurs traversent la scène pour rejoindre la salle, ce qui limite de fait les décors. Intéressant à suivre, surtout pour ses cycles sur une saison, et toujours avec de troupes de qualité. Faute de moyens, c’est un théâtre qui se concentre toujours sur le texte. 

C’est peut-être ici l’une des difficultés. D’un intérêt évident, le texte n’en est pas moins très aride. Ce qui me laisse un peu froid dans ce type de pièce, c’est l’énorme effort de concentration qu’elles demandent. De fait, ici, pas d’intrigue. Un dialogue entre un dealer et un client potentiel. On ne saura pas ce qui est dealé ici, ce n’est pas l’enjeu. Koltès ne se soucie d’ailleurs pas de vraisemblance des dialogues et choisit une écriture complexe, très littéraire, pour véhiculer des idées. 

Le dialogue, très dense, prend le deal comme prétexte base à une analyse des rapports humains. Ce qui en ressort, c’est qu’il n’existe de rapport entre les hommes qu’à mesure de l’intérêt que chacun peut en retirer. Koltès dresse un portrait cynique et désenchanté d’une humanité où chaque homme est l’ennemi de l’autre.
Seul le commerce permet d’apaiser les tensions en assurant l’intérêt de toutes les parties, et Koltès semble avancer que tout rapport, quel qu’il soit, n’est qu’une transaction. Même l’amour n’est qu’une transaction, je te vends le remède à ta solitude. De ce présupposé dérive également que, si aucun terrain d’entente commerciale ne peut être trouvé, l’homme en revient à sa nature première, le conflit. 

Ce type de pièce demande de la concentration, puisqu’il n’existe aucun enjeu de dramaturgie, et qu’il n’y a donc pas aucune facilité dans les dialogues. Tout y est signifiant. Chaque phrase contient une idée, une articulation de la réflexion. Mais sans le secours d’une intrigue pour l’illustrer, ou générer une identification. Les deux protagonistes sont ici réduits à leur stricte fonction de dealer et de client, ce qui empêche d’ailleurs de parler de personnages.

Une pièce très bien montée, mais aussi très exigeante. Je ne regrette absolument pas d’y être allé, mais en sortant, je m’interroge vraiment sur l’intérêt de voir ce type d’œuvre sur scène. Face à la densité du texte, je me demande si le message de Koltès, tout intéressant qu’il soit, ne passe pas mieux à tête reposée, à un rythme où l’on a le temps d’apprécier et de peser les assertions des deux protagonistes…

Une minute de mauvais esprit pour finir: si vous voulez changer du ciné mais que vous aimez bien Pierre Niney, vous pouvez aller le voir dans Phèdre, à la Comédie Française. C’est globalement le même pitch que Vingt ans d’écart, en un peu plus bad ass.

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