Le genre :
théâtre pour mec à veste en velours côtelé
C’est toujours compliqué d’aller voir Koltès, ou Beckett,
dans un même ordre d’idée, quoique le courant théâtral soit différent. Le message
de Koltès passe par le média du théâtre en tant que forme d’écriture, mais, pour
moi, pas forcément en tant que forme d’expression. En l’espèce, Dans la solitude des champs de coton est
un dialogue entre deux personnages, mais tient assez peu du théâtre, autant
que, mettons, le Neveu de Rameau.
C’est l’une des principales difficultés de cette pièce. Je
ne mets pas en cause le jeu des deux acteurs, au demeurant très convaincants,
ou la mise en scène, assez épurée, ce qui fonctionne bien ici. A ce titre, le Théâtre
du Nord Ouest fait toujours de bonnes choses avec peu de moyens. C’est un
théâtre curieux, tout petit, dans lequel les spectateurs traversent la scène
pour rejoindre la salle, ce qui limite de fait les décors. Intéressant à
suivre, surtout pour ses cycles sur une saison, et toujours avec de troupes de
qualité. Faute de moyens, c’est un théâtre qui se concentre toujours sur le
texte.
C’est peut-être ici l’une des difficultés. D’un intérêt
évident, le texte n’en est pas moins très aride. Ce qui me laisse un peu froid
dans ce type de pièce, c’est l’énorme effort de concentration qu’elles demandent.
De fait, ici, pas d’intrigue. Un dialogue entre un dealer et un client
potentiel. On ne saura pas ce qui est dealé ici, ce n’est pas l’enjeu. Koltès
ne se soucie d’ailleurs pas de vraisemblance des dialogues et choisit une
écriture complexe, très littéraire, pour véhiculer des idées.
Le dialogue, très dense, prend le deal comme prétexte base à
une analyse des rapports humains. Ce qui en ressort, c’est qu’il n’existe de
rapport entre les hommes qu’à mesure de l’intérêt que chacun peut en retirer. Koltès
dresse un portrait cynique et désenchanté d’une humanité où chaque homme est l’ennemi
de l’autre.
Seul le commerce permet d’apaiser les tensions en assurant l’intérêt
de toutes les parties, et Koltès semble avancer que tout rapport, quel qu’il
soit, n’est qu’une transaction. Même l’amour n’est qu’une transaction, je te
vends le remède à ta solitude. De ce présupposé dérive également que, si aucun
terrain d’entente commerciale ne peut être trouvé, l’homme en revient à sa
nature première, le conflit.
Ce type de pièce demande de la concentration, puisqu’il n’existe
aucun enjeu de dramaturgie, et qu’il n’y a donc pas aucune facilité dans les
dialogues. Tout y est signifiant. Chaque phrase contient une idée, une articulation
de la réflexion. Mais sans le secours d’une intrigue pour l’illustrer, ou générer
une identification. Les deux protagonistes sont ici réduits à leur stricte fonction
de dealer et de client, ce qui empêche d’ailleurs de parler de personnages.
Une pièce très bien montée, mais aussi très exigeante. Je ne
regrette absolument pas d’y être allé, mais en sortant, je m’interroge vraiment
sur l’intérêt de voir ce type d’œuvre sur scène. Face à la densité du texte, je
me demande si le message de Koltès, tout intéressant qu’il soit, ne passe pas
mieux à tête reposée, à un rythme où l’on a le temps d’apprécier et de peser
les assertions des deux protagonistes…
Une minute de mauvais
esprit pour finir: si vous voulez changer du ciné mais que vous aimez bien
Pierre Niney, vous pouvez aller le voir dans Phèdre, à la Comédie Française. C’est globalement le même pitch que
Vingt ans d’écart, en un peu plus bad ass.

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