lundi 8 août 2016

Jason Bourne : une troublante réflexion sur la standardisation du divertissement













Genre: Previously in Jason Bourne...


Avec Jason Bourne, plan par plan, Paul Greengrass, nous propose un film rigoureusement identique au premier film de la série Bourne. C'est déroutant au début, mais finalement fascinant.
Exploration troublante,et reflexion passionnante, le film se demande s'il existe en tant qu'objet culturel en soi, ou uniquement comme résultante d'un autre film, dont il est pourtant l'exact clone. C'est le même film, mais peut-on vraiment dire que c'est vraiment le même film ? Clairement dans la veine de Pierre Menard, auteur du Quichotte, de Borges, Paul Greengrass pousse en réalité l'abstraction encore plus loin que le vieux maître argentin, et nous propose malicieusement par son film un "Don Miguel de Cervantes, auteur du Quichotte"


A moins bien sûr que ce ne soit tout simplement le film plus incroyablement feignasse de ces dernières années. Pas un début de commencement de volonté de changer quoi que ce soit à une franchise qui marche, ni dans l'intrigue, ni dans la photo, ni dans le jeu, ni dans la realisation...
Jason Bourne est, comme toujours, recherché à la fois par des méchants de la CIA enfermés dans une salle de contrôle et par un méchant tueur à gage sur le terrain, il y a des scènes d’actions en Europe, des chambres d'hôtel sordides, des poursuites en voitures et des bastons. A la fin, Jason Bourne est à Washington ou il s'explique avec les méchants de Washington, avant de disparaître à nouveau sur Extreme Ways de Moby. Rien de nouveau sous le soleil, à un point qui frise le TOC.


Ici et là, un soupçon de mise en garde contre les dangers des réseaux sociaux, une grosse convention tech, un brin d’émeutes à Athènes et de Wikileaks, le tout pour coller à l’actualité et suivre à la lettre cahier des charges d’action « réaliste » des Bourne, et le tour est joué.


L’intrigue ne vous fera pas mal à la tête, et les scènes d’actions sont efficaces, quoique ridiculement identiques. Un personnage marche avec une casquette, jette un coup d’œil furtif et fracture une serrure /cut sur la salle de contrôle de la CIA où des personnages disent « Alpha 4 en approche » « Localisez la cible » /cut sur une baston quelconque où Jason Bourne met au tapis 28 agents de la CIA ou assassins / cut sur le méchant directeur qui dit « Je reprends le contrôle de l’opération, trouvez le et abattez le »/ cut sur Jason Bourne qui pose son blouson pour devenir méconnaissable et se fondre dans la foule.


Si toutefois vous perdez le fil, pas de panique ! En cas doute, c’est simple : si le personnage à l’écran vient simplement d’infliger une triple fracture ouverte du bras et un trauma crânien au policier sans le tuer, c’est Jason Bourne. S’il l’a égorgé ou abattu, alors c’est très mal moralement, et c’est donc Vincent Cassel, le méchant du film (il a souffert, voyez-vous… C’est très bien exploré au cours d’une scène bergmanienne sur la solitude et le tourment de 0,3 secondes).


Alors, faut-il aller le voir ? Si vous avez bien aimé les 3 premiers, certainement, puisque c’est le même. Bourne veut s’imposer comme une franchise parallèle et plus réaliste que Bond, avec la même longévité, comme le souligne la tagline du film " You know my name. " Les esprits chagrins feront de l'ironie facile sur l'absurdité de ce slogan, puisque Bourne est précisément en quête de son identité avant de devenir Bourne... Ce serait bien peu charitable.


La minute geek : on apprendra dans le film que le monde est devenu tellement fan des nouvelles techs, qu'en faisant Stanford, au cas très improbable où tu n'aies pas fondé de start-up de millionaire à 30 ans, tu peux quand même devenir directeur de la CIA, sans expérience de terrain. Il suffit de dire que les autres candidats ne comprennent pas les réseaux sociaux. Le réalisme caractéristique de la série Bourne et sa comprehension des enjeux du monde modern nous frappent une fois encore.


La minute sériephile : je ne sais pas quoi dire, tant ce film ressemble à un épisode parmi d'autres d'une série Bourne, qui répèterait mécaniquement le même schéma dans chacun de ses épisodes comme une série policière très classique. De celles dont on se dit qu'on peut facilement étendre leur intrigue pour les adapter en film. Le Fugitif, par exemple...
Tommy Lee Jones, qui doit en grande partie sa célébrité grand public au dit film savoure-t-il l'ironie de la situation en venant cachetonner ici comme méchant directeur ?


 


 

vendredi 8 juillet 2016

Game of Thrones Saison 6 : L'échappée belle



Attention, cette critique est, comme toujours, bouffie de spoilers.

Et ben voilà ! C’est pas compliqué de faire une bonne saison de Game of Thrones, et c’est franchement bienvenu, après deux saisons très décevantes dans leur rythme comme dans leurs intrigues. Le regain d’intérêt et de qualité de la saison 6 est clairement lié à la liberté qu’ont retrouvée ses créateurs par rapport au matériau original. Maintenant que la série n’a plus les mains liées par le rythme d’écriture de George, elle a enfin repris son rythme et son souffle, car elle sait de nouveau dans quelle direction elle va.

Ce qui se ressent très clairement tout au long d’une saison qui retrouve une unité que les saisons 4 et 5 avaient perdu. Cette saison, toutes les intrigues sont enfin de nouveaux liées, sinon à un enjeu principal (il y en deux), au moins à un thème central, celui de la naissance comme légitimité du pouvoir. C’est le thème qui réunit Daenerys, Jon Snow et Cersei : cette infatigable croyance qui les anime tous les trois, et qu’aucun ne remet jamais en question, à savoir que le pouvoir leur est dû de naissance, y compris si l’on est une femme.
Dis moi comment tu es devenu roi, je te dirai qui tu es

Chacun des trois va au cours de la saison développer trois approches différentes de cette conception qu’il partage. Daenerys incarne, littéralement le pouvoir, et ne perçoit d’ailleurs son corps et ses sentiments que comme adjuvants de sa fonction, comme elle l’explique. Elle se mariera uniquement pour souder ses alliances, comme elle l’avait fait avec Drogho. Daenerys estime que le pouvoir lui est dû, mais elle y sacrifie tout, par sens de sa mission. Haineuse des Maîtres, mais estimant avoir le droit, de naissance, de régner et de décider du sort des hommes libres, Daenerys c’est une conception de droit divin du pouvoir, animée d’une volonté de progrès.

A l’inverse du spectre, Cersei recherche une forme de pouvoir absolu pour se défendre du destin, tout en étant persuadée qu’elle ne peut y échapper.  Son personnage évolue vers une folie de plus en plus médéenne, qui cherche le pouvoir non pour régner sur mais contre le monde. En ne faisant du pouvoir que l’instrument de sa défense, sans autre considération, elle sème le chaos et précipite la mort de son 3ème enfant, qu’elle prétendait protéger. Négatif de Daenerys, elle estime que sa situation personnelle, en tant que femme et en tant que Lannister, justifie son règne, puisque le monde n’a pas d’importance, comme elle le dit à Jaime. 

Il y a enfin Jon, qui se sait mauvais leader, assassiné par ses propres hommes, mauvais politique et mauvais tacticien, comme la réalisation paniquée de l’épisode 9 le prouve magistralement (très réussie, soit dit en passant). Son pathétique plaidoyer d’avant bataille montre bien toute son arrogance, c’est sur un succès passé qu’il fonde sa légitimité, quelles que soient les circonstances présentes. Mais il s’en fout, c’est un Stark, même bâtard, et un homme. Et il n’a même pas un mouvement de gêne quand il est acclamé roi à la place de sa sœur, à qui il vient d’admettre qu’elle avait tout compris contrairement à lui. Jon ne veut pas le pouvoir en soi, mais estime toujours qu'il le mérite malgré tout. 
Le pouvoir héréditaire vécu comme une responsabilité envers les autres, comme une arme ou comme une récompense. Malgré son côté fantastique, la série, en explorant ces thèmes, présente une réflexion au fond de plus en plus aboutie sur la nature et la légitimation du pouvoir. En cela elle finit par rejoindre en qualité Battlestar Galactica, même si elle pose un questionnement plus général que Galactica, qui s'interrogeait avant tout sur la légitimité de la démocratie face à une crise majeure.

Quasiment tout le reste de la saison se rattache à ces questions d’une façon ou d’une autre de l’implacable badass Lady Mormont et sa rhétorique très franche et si proche de celle d’Olenna Tyrell, à la montée en puissance de Asha Greyjoy, qui se comporte en homme, même au lit (je trouve qu'un faire une lesbienne butch est un peu lourdaud, soit dit en passant).

Même des intrigues secondaires, comme l’histoire qui pourrait se dessiner entre Brienne et Jaime, se teintent d’une mélancolie de ceux qui se sentent destinés non à régner mais à servir, malgré leurs aspirations et leurs désirs, Tyrion et Jorah les premiers.
1 episode,1 chapitre

En sortant du rythme de Martin, la série a également cassé sa structure narrative habituelle, ce qui était plus que nécessaire. Un rythme mieux réparti sur la saison, avec des révélations et actions déterminantes tout du long, sans trop de longueurs aux épisodes 5,6 et7, habituellement épouvantablement vides, pour préparer le final. 
Et cette année, si le final épique attendu est bien dans l’épisode 9, l’épisode 10 le dépasse largement en folie et en surprise. Ne serait-ce que par sa rupture musicale avec ce thème au piano pendant que le plan de Cersei se met inexorablement en place.

Ce dernier épisode se conclut par quelques regards éloquents. Celui que Jamie lance à Cersei, ceux qu’échangent Littlefinger et Sansa pendant le couronnement de Jon… Tous ces regards des personnages qui comprennent qu’ils ont misé sur le mauvais cheval et que rien ne peut changer s’ils ne reprennent pas les choses en main. 

Ce renversement du fort et du bien né par le plus habile au pouvoir, y compris les mal nés des grandes familles, Tyrion et les femmes, ce serait probablement le plus intéressant des basculements de la série : la montée en grade de ceux qui vont peut-être enfin prendre le pouvoir non parce qu’ils estiment qu’ils y ont droit, mais parce qu’ils sentent qu’il est juste de le prendre non pour soi mais pour les autres.

Un petit bémol tout de même : l’histoire d’Arya est quand même férocement incohérente. Que les Sans Visages la laissent repartir comme ça, après le meurtre d’un des leurs me semble à peu près aussi réaliste que Daesh qui laisse repartir ses recrues qui trouvent que, toute compte fait, Raqqa c’est un peu la zone. Le premier meurtre d'Arya est d'ailleurs une totale violation des préceptes du culte (à savoir ne jamais tuer par haine ou pour un gain personnel). Ils sont donc quand même bien arrangeants avec elle.
Si Arya est bien vivante, alors dans ce cas, ce show nous a fait nous réjouir qu’une fillette de 14 ans n’ait fait manger ses propres fils à un homme avant de l’égorger. Ce qui est un peu inquiétant du point de vue de la santé mentale, la sienne et la nôtre. Je rappelle à toutes fins utiles que c’est précisément cet acte qui a amené la malédiction sur la familles des Atrides, ce qui, dans une série aussi portée par le symbolisme et les mythes classique, n’est pas vraiment anodin et pas précisément bon signe pour les derniers Starks.

Il y en a en revanche une deuxième option que je trouve plus séduisante et plus cohérente, c’est l’idée selon laquelle Arya est morte, puisque la lumière opportunément éteinte avant le combat ne permet pas foncièrement de se prononcer sur qui a tué qui, pas plus que le masque sanglant (dont les yeux saignent, ce qui symboliquement marque plus Arya que son adversaire). 
Quand l'homme sans visage dit qu'elle est enfin devenue personne, il s'adresserait donc plutôt à l'autre assassine qui, en tuant Arya et en devenant Arya a fini son initiation et part pour sa première mission.
 Dans ce cas, il est envisageable que les Sans Visages aient décidé de rayer un nom de la liste d'Arya, selon leur règle d'une vie pour une vie, ce qui est une peu plus cohérent par rapport à leur philosophie. Ou simplement qu'ils aient rempli un contrat sur Frey, éventuellement lancé par Jaime qui n'a pas dissimulé son mépris pour Frey, et qui, rappellons-le, est blindé. En le collant sur le dos d'Arya pour se dissimuler, ce qui est là aussi plus cohérent avec ce qu'on sait de leurs méthodes.
Ah si, un deuxième petit bémol : je suppose que la mort de Rickon Stark aurait pu être un moment d’émotion, si les 4 saisons précédentes ne nous avaient pas totalement fait oublier son existence. 

mardi 14 juin 2016

Warcraft, injustement boudé par la bien-pensance cannoise

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Le genre : fresque écologique désespérée


Warcraft, c’est avant tout l’un des plus tristes naufrages marketing de ces dernières années. Un film au contenu politique très fort, qui méritait un traitement à Cannes, pour sa poésie sombre, et que l’on a marketé uniquement pour les fans. Une occasion ratée.


Au cœur de Warcraft, un constat poignant sur l’avenir bouché de nos sociétés face à la menace du réchauffement climatique, doublée d’une interrogation passionnante sur la capacité réelle des régimes actuels à traiter l’urgence écologique, une question de fond, par les outils classiques de la politique.


Le film s’ouvre par une scène d’intimité familiale touchante, qui servira de contrepoint permanent, de point de référence d’un monde souhaitable et responsable. Sous l’apparence d’un film de fantasy, le scénario de Warcraft s’appuie en effet sur une métaphore filée, qui structure solidement son propos. La Horde des orcs a ravagé son monde, poussée par le Fel, cette « magie qui se nourrit de la vie », miroir critique évident des sociétés qui sacrifient leur avenir à une vision court-termiste de l’utilisation de nos ressources.


Sur ce constat sur l’urgence écologique, le film suit cette Horde hébétée, en manque de repères et menée par un leader infusé (littéralement) par cette idéologie. Elle se confronte à Azeroth, une société de paysannerie classique, dont la prospérité repose sur l’agriculture raisonnée.


Mais le film contourne habilement l’écueil d’une vision simpliste d’Azeroth comme un idéal perdu, qui pourrait ouvrir la porte à une condamnation de la démocratie. De fait, sous le royaume d’Azeroth, ce que Warcraft dénonce, c’est également le pourrissement du cœur des institutions de supervision technocratique d’Azeroth,  représentée par le Gardien. Contaminé lui aussi par le Fel, ce gardien s’impose au pouvoir local, dénonçant par là non la légitimité du pouvoir en soi, mais bien l’imposition de normes au pouvoir par des organismes dont le mandat et le processus de nomination sont pour le moins opaques, OMC et Commission Européenne en tête.


Quelle forme pour la contestation écologique aujourd’hui ?


Tout l’enjeu du film devient alors de voir comment une poignée de citoyens et de dirigeants politiques vont pouvoir créer un sursaut citoyen et une alliance avec ces migrants, face aux déchaînements de violence des deux camps, rappel malheureux des émeutes allemandes sur fond de crise migratoire.


Ce thème de l’alliance, de l’acceptation de la différence, ouvre une série de scènes passionnantes sur le besoin de consensus malgré les différences culturelles, tout en concluant à la difficulté de trouver ce compromis, un réalisme que refuse encore trop souvent le cinéma contemporain.


Tout autant le roi Llanne que le chef de clan Durotan comprennent d'ailleurs la nécessité de leur sacrifice politique pour créer un mouvement d’ampleur et bousculer les cadres classiques de leur société. C’est peut-être là d’une des limites du propos, tant les élites politiques occidentales semblent aujourd’hui bloquées dans des logiques de parti et incapables de ce sacrifice. Pourtant, le scénario se montre par la suite à la hauteur, en montrant bien les limites des deux voies politiques alors ouvertes.


D’un côté, les humains, elfes et nains, dans une scène subtile, tout en regards échangés, démontrent largement la limite d’un pouvoir qui accepte une Alliance qu’il désapprouve, par calcul politique et sous la pression d’un peuple qui reprend peu à peu sa légitimité. De l’autre côté du spectre, Garona et Durotan sont tentés par le repli sur soi et l’appui sur la tradition religieuse, seule à même de basculer l’échiquier. L’une comme l’autre rachète une paix sociale dans chacun des camps, mais dont aucun leader politique n’est dupe de la faible valeur.


Une nécessaire alliance populaire solidaire et internationale sur la base de la démocratie participative


La menace est provisoirement écartée, au profit d’un équilibre instable entre une nouvelle théocratie et un pouvoir démocratique fragile et redouté par son propre establishment politique. La faible implication du Kirin Tor, le corps international des mages, démontre d’ailleurs l’incapacité des organismes internationaux à poser les bases d’une réconciliation qui ne peut que s’appuyer sur les peuples et non sur les élites, un thème du metissage qui parcourt le film.


La conclusion désespérée, c’est pourtant bien que cette réconciliation ne peut se faire qu’au prix d’une guerre longue, qui sera porté par Thrall, le bébé orc vert, si celui-ci accepte son rôle de leader conciliateur. Mais cette position impliquera de se défaire de son bagage idéologique symbolisé par la couleur verte de sa peau, rappel du Fel, et denunciation de l'acceptation du système que nous impose l'éducation et le cadre normatif social.


Dans cette pirouette finale, par un parallélisme avec le berceau de Moïse, Warcraft ouvre une dernière réflexion qui me semble aujourd’hui plus que jamais salutaire sur la place qu’ont eu les religions dans la mise en place d’un système foncièrement inégalitaire et obsédée par sa croissance, sans réflexion de long terme sur les ressources. Le propos renforce ainsi le constat irrévérencieux  fait par Orgrimm le Marteau du Destin sur le fait que les dieux se soucient plus de leur statues que des morts nécessaires pour les élever.


Un film sombre et radical, servi par une réalisation fluide et classique, qui ne fait que souligner la noirceur de son propos. Peut-être le moment de lucidité dont nos intellectuels auraient bien besoin. Certainement plus que les arguties trompeuses de ce faiseur d’Asghar Farhadi.


Plus sérieusement : franchement, Warcraft n’est pas plus mauvais que beaucoup d’autres action movies, et se trouve curieusement servi par son manque d’ambition total. Pépère dans le déroulement de son histoire sans surprises et dénué de toute tentative d’innovation visuelle, le film évite même l’écueil de l’auto-parodie. Ça se regarde gentiment.


Il est même plus subtil que le dernier Star Wars dans ses clins d’œil, discrets, aux fans, ce qui, certes, n’était pas trop dur, vu la subtilité de 33 tonnes de Star Wars. La musique, en revanche, qui est un élément culte de Warcraft, est tristement plate. Bref, pas vraiment réussi, pas bon non plus, mais je m’attendais à franchement pire.   


La minute sériephile : pauvre Ben Foster, le meilleur ami bi de Claire Fisher dans 6 Feet Under, un joli rôle tourmenté, qui échoue là, dans ce casting de 14ème zone. Au moins, lui n’a pas dû jouer avec un dentier comme Paula Patton, dont l’élocution dans le film est, pour le moins, embarrassée. Ce qui n’est pas trop grave vu la qualité générale des dialogues.

mercredi 11 mai 2016

Maaaaarseeeeille, ta production impitoyable


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Marseille est l’une des séries les plus intéressantes que j’ai vues récemment. C’est un objet de télévision proprement fascinant dans lequel le moule Netflix de production et les habitudes françaises de production se livrent un combat acharné, que Netflix perd. L’enfant maudit de Navarro et the The Wire. 

Ce qui est très étonnant, et, je dois dire, un peu accrocheur à la longue, c’est de voir à quel point rien ne fonctionne. L’écriture, le jeu, la photo, la réalisation. Tout en se drapant dans des ambitions délirantes.

Marseille, tes personnages éléphantesques

Le premier plan donne le ton, au moins c’est honnête. Dipardiou, de dos, sniffe de la coke dans son costume trois-pièces, Légion d’Honneur à la boutonnière, avant de débarquer au Vélodrome pour un mach de l’OM. La série annonce qu’elle ne va trop tenter de se poser la question du rôle du politique dans une ville, pour faire plutôt un gros vaudeville qui tâche, autour de personnages de politiciens totalement caricaturaux.

Magimel rélaise une belle performance comique involontaire, en s’appuyant sur le running gag de son accent marseillais qui va et qui vient. Au bout d’un moment, au dérushage certainement, quelqu’un a fini par s’en apercevoir ; un autre  personnage explique alors que ces accès impromptus de « peuchère, bonne mère » sont une stratégie pour faire populaire auprès des électeurs. Il aurait peut-être été judicieux d’appliquer la même logique à l’ensemble du cast, mais ne soyons pas pointilleux. Après tout, la réplique avé l’accent « Tu trouves pas ça bizarre, qu’on se touche le zob en parlant de Picasso » m’a fait littéralement hurler de rire.

Je pourrai continuer longtemps, mais je vais juste faire une mention spéciale tout de même à Nadia Farès, dans le rôle totalement grotesque de maîtresse Salopa Vanessa d’Abrantes, présidente du Conseil Général. Un magnifique rôle sur la place des femmes en levrette politique, qui a sans doute fait chaud au cœur de Simone Veil.

Marseille, ton écriture invraisemblable

En fait, à aucun moment l’écriture ne laisse entrevoir une réflexion sur le rôle du maire ou sur la bonne gestion d’une ville. Tout est une question d’hommes, toutes les rivalités se résument à des rancœurs idiotes ou des questions de sexe. Pour masquer sa totale absence de fond, la série botte régulièrement en touche la question du politique, à coup de dialogues écrit avec les pieds, type « Il n’aime pas le pouvoir, il n’aime que Marseille… ».

je ne vais pas rentrer dans le spoiler lourd, mais le postulat de la série, la lutte entre deux politiciens dont l'un cherche à se débarrasser de l'autre, après avoir été 20 ans son protégé, pour une mystérieuse raison (en fait vue et revue), tient plus de Revenge que du, je cite "thriller shakespearien". Au moins, quand Depardieu tombe des nues en comprenant à l'épisode 6 ce que le spectateur a compris au 2, on se sent très malin.

Et c’est dommage… Parce que le vrai objet de la série, ça devait être Marseille. L’évolution de cette ville, l’ouverture de Marseille au tourisme de luxe et sa place de ville européenne, la spécificité de sa culture, de ses communautés, la difficulté à gérer sa réputation et ses ambitions…. Mais non,  Siri préfère nous offrir une vision incroyablement caricaturale et superficielle, qu’il a certainement vu comme un sommet de subtilité, à savoir que le camp anti casino est le camp de la mafia... Parce que dans sa vision chaleureuse de Marseille, à part politicien ou mafieux, il n’y pas de mtier possible à Marseille.

Le plus curieux, d’ailleurs, c’est que les dialogues viennent en permanence contredire les événements de la série. Par exemple quand les dealers expliquent qu’ils font voter les cités des quartiers Nord comme ils veulent (c’est bien connu, les pauvres ne savent pas réfléchir). Une manœuvre qui n’a aucun sens, puisque, dans la série, comme d’ailleurs dans le vrai monde, la mairie est en réalité tenue par le FN. Pourquoi donc un politique prendrait-il le risque de s’afficher à des dealers pour un territoire déjà perdu ?

Enfin, pour une série qui s’annonce réaliste et amoureuse de Marseille, les marseillais apprécieront la manière dont leur approche du vote est traitée. Bureau de votes murés la veille par des dealers, meetings interrompus, meurtre devant un bureau de vote… Je suppose que la série a voulu s’éloigner de Plus Belle La Vie, mais réussit le tour de force d’être finalement encore moins ancrée dans le réel.

Marseille, ta réalisation d’un autre âge

Enfin, comment Netflix a-t-elle pu autant se fourvoyer et accepter une réalisation aussi indigente ? La série aligne les remplissages, notamment les plans aériens avec un effet de déformation, pour donner l’impression que la ville bouge. Une métaphore de la ville comme être vivant qui est aussi pataude que triste, tant elle tente malhabilement de masquer l’incapacité de la série à traiter Marseille comme un personnage. Astuce : pour la saison 2, pour faire au moins semblant que la série se passe à Marseille, il serait pas mal de ne pas attendre l’épisode 7 pour qu’un nom de quartier ne soit mentionné…

Même les bruitages sont ridicules et inutiles. Ha, ce petit son quand Depardieu sniffe de la coke… Quelle modernité 80’s ! Ça me rappelle Levy & Goliath ! Ha, ces merveilleux rappels de dialogues en voix-off avec écho dramatique, au cas tu sois tellement abruti que tu aies oublié la scène d’avant... 

Il y aussi la question des textos. Quand House of Cards les a intégré dans son intrigue en surimpression, en 2012 pourquoi pas. Malheureusement, depuis, Plus Belle La Vie, encore eux, a largement pris le train en marche. Ce qui a du paraître d’une insondable modernité à Siri est en fait déjà ringard.

Tout ça ne nous rendra pas Gaston Defferre

Quoiqu’en dise Netflix, la production n’a pas dû être une grande partie plaisir. Déjà, le fait que la série utilise le terme showrunner dans le générique affiche une volonté navrante de « faire américain ». Tout d’abord parce qu’aucun showrunner américain ne se désigne comme tel dans un générique, au profit plutôt des termes d’Executive Producer ou de Creator.

Ensuite, quand je lis cette édifiante interview d’octobre dernier, dans laquelle Dan Franck, le génie de l’écriture derrière Marseille, explique à quel point c’est cool et intéressant d’être le showrunner de la série. Sauf que, malaise, au générique, Netflix a finalement changé d’avis et annonce que le showrunner, c’est Florent Siri. Dan Franck précise aussi qu’il est directeur artistique, rôle que le générique donne encore à Siri, enfin, pardon « Créateur Visuel ». On ne devine aucune bataille d’égo quand on songe qu’au moment de cette interview, le tournage était déjà terminé…

Alors mystère, la série est-elle devenue miraculeusement catastrophique en post-prod ? Ce qui est clair, c’est que tout là-dedans pue l’ambition française de faire du Netflix « à la française ».  Comme si le nom pouvait magiquement être un label de qualité qui efface les défauts d’écriture habituels des séries françaises. Comme si copier malhabilement des éléments, comme le générique qui lorgne sur True Detective, mais fait plutôt penser à un générique de James Bond très premier degré, faisait tout. Une fascinante exploration des limites l’exception culturelle française !

La minute sériephile : si vous voulez voir comment de la technique de production américaine peut créer localement du show de qualité, tournez-vous plutôt voir la très poisseuse mais géniale Epitafios, produit au début des années 2000 en Argentine par HBO.

La minute geek  : une phrase seulement pour la bonne bouche. Un personnage fait fuiter des documents sur un Internet pour nuire à son adversaire. Son assistant lui dit « les petits malins qui font de l’upload le trouveront dans quelques minutes. Dans une heure c’est sur Twitter. » Quoi le fuck ?

 

mardi 22 décembre 2015

Star Wars : the Return on the Investment

Un scénario ? Pourquoi faire ? Le focus group a très bien réagi sans scénario

 


Le genre : tin tin tintintin tiiin tintintin tiiin tin tin tin tin
 

Soyons clairs, ce post est bourré de spoilers jusqu’à la gueule. Je vous remercie de votre attention.


Le Star Wars est un film d’action réussi ? Oui, encore que la première heure ne manque clairement de jus.

Est-il bien filmé et dirigé ? Oui, JJ Abrams a au moins eu ce mérite-là. Il a notamment voulu revenir à une mise en scène moins axée sur les effets spéciaux et en décors réels, qui fait du bien. Ce ne sera probablement pas vraiment le cas des deux suivants, qu’il a déjà délégué à un second couteau, mais passons.

Est-ce un bon divertissement ? Assurément, puisque le film s’éloigne des dialogues pompeux qui plombaient la trilogie précédente. C’est même un de ses points forts. Le fait que les dialogues soient un tant soit peu « réalistes » permet aux acteurs de jouer, plutôt que de se concentrer sur leur tirade et ajouter après une expression faciale pour faire bonne figure. Nous avons donc un Star Wars avec une direction d’acteur, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Est-ce un bon Star Wars ? Si l’on prend l’angle de Star Wars en tant que franchise de produits dérivés, c’est réussi. Sur le reste, non. C’est même un franc foutage de gueule de JJ, mais manifestement ça marche. Pourquoi il n’est pas réussi ? Je ne prendrais que quatre thèmes : le concept du film, le traitement de sa mythologie, son contexte politique et son marketing.

Un nouveau concept

Reboot ou sequel ? Ne nous fatiguons pas, faisons un rebuel

Première image du film, le texte jaune habituel, marqué en capitales EPISODE VII. On affiche la couleur, c’est une suite pas un reboot. Le côté pratique des suites, quand on place toutes ses cartes sur la nostalgie des fans, c’est que ça permet mille blagues, clins d’œil et références. Le revers de la médaille, c’est que ça limite l’ouverture de l’univers, là où la précédente trilogie avait clairement les coudées franches.
Tout le monde a donc décidé que faire un remake scène à scène du IV serait donc l’idée du siècle. On commence donc par l’attaque d’un vaisseau par des stormtroopers et Dark Vador une mystérieuse figure de noir vêtue et casquée avec un sabre rouge. Il est méchant, méchant, méchant, mais laisse s’échapper R2D2 BB8, un droïde avec plein d’infos pour la résistance. Scène 2, sur la planète désertique de Tatooïne Jakku, un jeune homme une jeune fille lambda fait la connaissance du droïde, se trouve la cible de Stormtroopers puis s’échappe de la planète à bord du Faucon Millenium si, si du Faucon Millenium, qui traînait là miraculeusement.

Et tout ça dure gentiment deux heures, en multipliant les clins d’œil cools pour faire passer la pilule du fait que le scénario est déjà connu et qu’il n’y a pas une miette de suspens. Ah si, Han Solo, la figure du père, se fait tuer 20 minutes avant la fin du film. Ah ben non, en fait, ce n’est même pas une surprise, mais un autre décalque. 20 minutes avant la fin du IV, le père spirituel de Luke se faisait tuer par son père biologique. Ici le père spirituel de Rey se fait tuer par son propre fils biologique. Ouuh ! Nouveauté !

Euh, tu trouves ça cohérent toi, cette histoire de Luke ? On s’en fout c’est Luke Skywalker ! Les fans vont adorer

Ah, qu’il est cool ce bon vieux Luke Skywalker… Luke, le sauveur de la République devait former une GENERATION de Jedis (c’est pas moi qui le dit, c’est Han). Mais comme le premier est parti du côté obscur, il a lâché l’affaire pour aller bouder en Irlande (très joli money shot en hélicoptère, je le reconnais), tout en laissant des indices pour le retrouver, pour qu’on puisse le supplier de revenir.
Il a fait comme Yoda et Obi-Wan, qui, dès que la République s’est fissurée, sont partis se planquer au chaud en attendant qu’on les sollicite.  En gros, les Jedi, tu peux tout leur demander quand ils ont des subventions d’Etat, des salaires de fonctionnaires et des vaisseaux et palais de fonction. Si tu n’es plus au pouvoir, tu peux te démerder tout seul…

On peut légitimement se demander pourquoi le Premier Ordre tient tant à retrouver Luke. Il serait plus logique pour eux de commenter publiquement ce qui est un pur fait, à savoir que Luke a abandonné tout le monde à la première difficulté et que le combat pour la justice, toussa, toussa, il a préféré le sacrifier à des pures considérations personnelles et familiales. Que le dernier Jedi est un tocard égoïste et irresponsable, comme ses confrères.

La Force contre-attaque

De grands pouvoirs pour une tripotée d’irresponsables

Ce que ce film démontre en long, en large et en travers, c’est que les Jedi comme les Sith ont toujours eu largement raison de ne pas vouloir que leurs chevaliers se reproduisent. En gros, la Force étant héréditaire, chaque rejeton la chope, mais change de camp par rébellion contre ses parents… Dans ces conditions, qu’on préfère que les Jedis fassent ceinture plutôt que de se taper une armée d’ados en rébellion capables d’étrangler leurs camarades de classe par la pensée, ça se comprend.

Pour le reste... Kylo Ren, fils de Han et Leïa, est un ado gothique avec des super-pouvoirs, qui pète tout dans sa chambre dès qu’on le contrarie (deux fois en deux heures). Le super méchant du film est donc un mec que trois personnages (Rey, Hux et Han) amènent limite aux bords des larmes en lui disant qu’il est nul ou ingrat : c’est Vic Beretton avec un sabre laser. Si seulement Brigitte Fossey et Claude Brasseur avaient donné des cours à Han et Leïa, nous n’en serions donc pas là. Je ferais bien aussi une remarque sur le nom ridicule du personnage, mais n’oublions pas que nous sommes dans un univers ou un Jedi s’appelle Kit Fisto ! Kit Fisto !

L’accomplissement de soi ? Trop compliqué, on zappe, ça fera plus de combats au sabre laser

Ce méchant, supposément plein de potentiel, est encore « en formation ». Soit. Même s’il arrive à faire des trucs que personne dans l’ancienne trilogie ne savait faire, genre geler un tir de blaster à volonté et utiliser douze autres pouvoirs en même temps. Tout comme Rey, qui s’auto apprend à manipuler les esprits ou Finn qui apprend comme çà, pouf, à manier le sabre laser.

Tout ça jette aux orties tout le concept de formation du Jedi, puisqu’au fond pour gagner, il faut juste avoir la plus grosse Force. Rappelons un truc, dans la trilogie originale, Luke a attendu deux films et demi pour remporter un combat au sabre laser, juste avant de se prendre une copieuse branlée par l’Empereur. Là, Rey défonce le premier Sith qu’elle trouve dans toutes les épreuves de Force (respectivement lecture dans les pensées, jettage de trucs, regards veners et duel) sans aucun entraînement. OK elle sait utiliser un bâton. Conclusion : décidémment, sur tous les plans, Luke devait quand même un sacré putain d’incompétent. On se demande pourquoi tout le monde le cherche.
Sur le fond, Solo mentionne à un moment que Kylo Ren devait mal tourner, car il y a « trop de Vador » en lui. Le fait que Leïa ait été conçue avant qu’Anakin ne bascule dans le côté obscur est manifestement un détail. On est de fait passé dans une logique de pure prédestination. La métaphore sur la part d’ombre de chacun, sur le besoin de s’accomplir, avec le risque de se perdre en chemin, aux orties.

Non, c’est vrai je suis méchant, Kylo Ren dit littéralement « je suis déchiré » deux fois. Ça c’est du portrait par touches, Resnais peut aller se rhabiller.

 Vous ne le saviez pas, les sabre laser ont une personnalité, comme les baguettes d’Harry Potter

De la même façon, le sabre de Luke est un enjeu du film. Le toucher réveille des souvenirs chez les gens, dans un flash de lumière (et un artifice de scénario tout neuf) tout droit venu des séries des années 90. C’est le moment Charmed du film. Le dit sabre, par un nouveau hasard extraordinaire, se trouve justement dans le bar que les héros visitent. Sacré coup de bol quand on considère que ce sabre, c’est celui qui est tombé dans le puit de la cité des nuages quand Luke a perdu sa main.

Techniquement, ce n’est donc même pas le sabre de Luke (qui est vert), mais celui d’Anakin, un sabre qui a donc largement combattu pour le côté obscur, mais passons aussi. Peu importe, il a « choisi » Rey. Là encore, on oublie la part de la mythologie selon laquelle on devient Jedi en construisant son sabre, soulignée par Vador dans le VI, au profit d’un bête concept de double prédestination. Un beau message pour la jeunesse, si tu es choisi, tu réussiras, sinon, tu peux lâcher l’affaire malgré tes efforts.
Toutes ces nouvelles logiques participent à un intéressant glissement religieux. Là où la trilogie originale, et dans une certaine mesure la seconde, s’appuyaient sur des motifs proches du catholicisme (immaculée conception, lutte bien/mal pour le contrôle des âmes, intermédiation par le maître Jedi entre le jeune et la Force, rédemption de Vador…), cette nouvelle trilogie avance sur une base furieusement calviniste de double prédestination (à être sauvé ou à être damné) et de lien direct avec la Force. Je dois admettre que je ne sais pas quoi en conclure, mais je le constate.
Même la scène finale manque de cohérence par rapport à l'ensemble. Pourquoi cette façon symbolique de tendre son sabre à Luke pour qu’il reprenne le combat, alors qu’il a déjà son sabre ? Comme si tous les personnages avaient oublié que Luke les a lâchés. Au pire moment. Qu’il a contribué à créer leur ennemi avant de les laisser se faire gentiment éclater par l’Empire. Et qu’on lui redemandait de devenir le Luke des débuts, celui qui n’écoutait rien ni personne. Après tout, dans son état, l’Alliance Rebelle n’en est plus à un leader de merde près.

La menace floue

Résumé de la situation géopolitique pour les nuls. La République a été refondée, mais semble occupée à des cocktails chics sur Coruscant. Il paraît qu’elle a des vaisseaux, mais on ne les voit pas dans le film. Elle s’est même dissociée techniquement de l’Alliance Rebelle, réduite à un groupe de clodos fanatiques dirigé par la pauvre Leïa - qui commence à ressembler à une prof de sport lesbienne butch- et équipé de la bagatelle de 48 X-Wings pour son attaque finale, pas même un croiseur. En face, le Premier Ordre, qui est tout simplement nazi, symbole et signe de main compris, possède des flottes entières. Mais ne s'en sert pas, allez savoir pourquoi.

Les enjeux sont devenus à la fois simplistes et incompréhensibles. En gros, deux groupes à motivations religieuses se tirent la bourre pour tuer ou sauver un supposé messie, qui veut simplement qu’on lui foute la paix. La République, qui a bien compris que les Jedi ne lui valaient pas grand-chose de bon, s’est retirée de cette guéguerre, mais va quand même se faire détruire, pour une raison assez floue.
L’Empire, par la voix de Hux, commence à avoir aussi de sérieux doute sur les compétences des Sith. Mais peu importe, il va quand même détruire sans raison un système républicain qui ne fait rien plutôt que celui de ses ennemis qui s’apprêtent à lancer une attaque. Ce sont des méchants, rappelez-vous.

Je passe sur le fait donc que l’Etoile de la Mort la base Star Killer est tellement bien défendue que quatre escadrons de X-Wings suffisent à la détruire, selon globalement le même plan que dans tous les Star Wars. L’Empire devrait repenser la formation de ses ingénieurs... Mais bon, cette partie du film marche bien, ne boudons pas notre plaisir.

Le Réveil du Marketing


C’est dans le vieux pots qu’on fait la meilleure soupe, c’est bien connu. Mais comment Lego et Hasbro peuvent-ils vendre aux mômes le X-Wing qu’il leur ont déjà vendu il y a deux ans ? En changeant les couleurs, pardi ! Quelle est la logique de ce nouveau look noir et jaune des X-Wing ? Aucune, si ce n’est celle du market. Disponible pour 126€ ici. 126 € !!!
Pareil pour le sabre. Au fond, pourquoi racheter un sabre laser de sith rouge, si on en a déjà un. Parce qu’il une nouvelle feature, la garde en laser rouge, qui n’a, soit dit en passant, aucune fonction ni logique propre dans le scénario. Disponible pour 213€ ici

Et BB8 ! Qu’il est mignon ce petit robot rond ! Les mômes vont adorer. Il est aussi cute que Wall-E, mais, contrairement à Wall-E, on peut le reproduire à l’identique avec ses trois caractéristiques : il avance en tournant sur lui-même, fait des bruits rigolos et a un port USB. Magie de la technologie, les drônes sont justement à la mode en ce moment. Disponible pour 169€ ici

Il y a quand même un truc que j’ai bien aimé


Ce sont les coiffures. Je ne sais pas comment font Poe Dameron et Kylo Ren pour garder ces brushings magnifiques quand ils retirent leurs casques, mais une chose est sûre, à défaut de la Force, ces deux maîtrisent la laque et le sèche-cheveux.
Globalement, ce qui caractérise le Reveil de la Force, tout du long, c’est son incroyable manque d’ambition. 3D totalement inutile, décors déjà vus, scénario déjà vu, clins d’œil pour fans, simplification à l’extrême de tous les points de mythologiesqui posent problème. Le tout bien réalisé. Un pur produit de marketing.
S’il sortait seul, aujourd’hui, sans avoir le mythe derrière, il n’aurait pas plus d'impact qu’un Transformers et prêterait plutôt à rire tant son scénario est facile. C’est toute la Force de la pop culture.

mardi 19 mai 2015

Mad Max Fury Road


Le vacarme du vide

Le genre : épisode peu bavard d'automoto

Je suis un peu perplexe en sortant de Mad Max. Non que j’ai détesté le film, à vrai dire. Miller n’a certainement pas perdu la main quand il s’agit de réaliser de scènes d’action, la photographie est plutôt de qualité, le rythme soutenu… On ne passe pas un mauvais moment, comme, je suppose, devant un match de catch ou une course de voiture quand on aime les matchs de catch ou les courses de voitures. Quoique, non, comparer ce film à un match de catch ne rend pas justice au catch de la WWF et à la complexité de ses scénarios.

La réalisation est parfaitement maîtrisée,et, à mon avis beaucoup moins vulnérable au temps du fait de ses décors réels et de sa volonté de faire des vraies cascades. Je comprends aussi l’ambition de Miller, de mêler justement son savoir-faire aux possibilités numériques pour poursuivre son chemin et faire le film dont il rêvait. Il y a même de belles idées graphiques: les fantomatiques hommes corbeaux, la scène de combat de nuit et sa photo, ou encore l’utilisation intradiégétique de la musique avec la voiture sound system armée et son guitariste fou (je sais, c’est une obsession chez moi).

Oui mais voilà, le film n’a absolument pas de scénario. Un script, assurément, mais pas de scénario. C’est, littéralement, une pure fuite en avant, permanente. La fuite de Mad Max et d’un autre personnage pour échapper à leurs poursuivants, dans une forme de course qui ne s’arrête quasiment à aucun moment. Ce genre de concept aurait pu me séduire, si seulement il avait un sens, il servait une thèse ou, au moins, une forme de réflexion artistique.

Ici rien… Pire, Miller en joue avec ironie, s’en amuse, par exemple quand Mad Max refuse de donner son nom aux autres personnages, au prétexte que ça n’a aucun intérêt. Ce qui, au fond, est parfaitement vrai. Dès le premier plan, la graphie du titre claque comme un épisode de franchise, comme un jeu. C’est Mad Max Fury Road, comme on joue à Assassin’s Creed Unity. En jouant de ce principe, Miller se permet de ne pas introduire ses personnages, voire de ne pas les écrire du tout et de créer un monde totalement inconsistant, en supposant que le contexte est connu.

Ce que le film comporte de virtuosité ne compense en aucun cas sa totale absence d’âme, d’ambition, de personnalité et donc d’enjeu, dramatique ou artistique. C’est tellement creux que le fait d’avoir casté Tom Hardy, qui est un acteur épouvantable, ne pose pas de problèmes, puisque son personnage n’a quasiment aucun dialogue et aucune consistance. Il peut donc grogner tout son soûl sans qu’on voit (trop) que c’est la totalité de sa palette. Quant à savoir ce que Charlize Theron et Nicolas Hoult sont venus faire dans cette galère…

Qu'on ne vienne d'ailleurs pas me gaver avec la supposée dimension féministe du film. Oui, Charlize Theron est une femme. Non, son rôle n'est pas celui d'une femme forte, parce que son sexe n'a foncièrement aucun rôle dramatique dans ce film. C'aurait été Drax des Gardiens de la Galaxie, ça ne changeait pas grand chose. Quand à son combat pour sauver des mannequins (à moitié à poil pendant tout le film, probablement par féminisme), ça ne me semble pas faire se mouiller trop dans le combat pour l'égalité hommes-femmes que de dire que l'esclavage sexuel, c'est pas très cool.

Mad Max confirme en réalité une fracture qui se fait de plus en plus profonde entre un cinéma conçu uniquement comme spectacle et destiné à rentabiliser des salles 3D et Imax, et un cinéma à dialogue qui finira par ne plus être projeté en salle mais directement mis à la disposition de son public en pay-per-view, comme l’expliquaient d’ailleurs Spielberg et Lucas en 2013 (dans cette excellente interview à Empire).

Comme l’ensemble de la carrière de Miller, excepté le premier Mad Max, Fury Road est une pure commande de studio, calibrée au goût du jour.  Fury Road est-il bien réalisé et ludique ? Oui, mais ça ne l’empêche malheureusement pas d’être un film assez médiocre. Triste façon de boucler la boucle. 

La minute geek : je sais que je ne suis très calé en moteur de voiture, c’est peu de le dire. Mais je suis le seul à avoir trouvé un peu étrange que cracher de l’essence dans un pot d’échappement puisse augmenter le régime d’un moteur ? De ce que je crois me souvenir du concept du moteur à explosion, c'est un peu con, en fait.


La minute sériephile : savez-vous quel est le point commun entre plusieurs des seconds rôles du film (hormis les mannequins dénudés de ce grand film féministe). Plusieurs acteurs du film ont joué dans Farscape, une série qui, elle aussi m’a laissé un peu perplexe, tant elle-mêle de bonnes idées et de clichés. 

mardi 3 mars 2015

Kingsman


Le charme discret de l’élégance tapageuse

Le genre : académisme sale gosse

Je dois admettre que je partais avec peu d’objectivité voir Kingsman. Matthew Vaughn avait pour moi réussi à faire de loin le meilleur X-Men, en bazardant la photo sombre et les dialogues pompeux de Bryan Singer pour revenir à un esprit pop plus proche de l’idée du comics. Alors, évidemment, si on y ajoute des costumes croisés chalkstripes, des fauteuils clubs et toute la galerie des acteurs anglais classieux, je ne pouvais que partir conquis.

Ici donc, nous suivons les Kingsman, une agence de gentlemen espions, dont la couverture est un tailleur de Saville Row, dans leurs efforts pour sauver le monde d’un milliardaire du net mégalo. Avec ce postulat, on est dès le début dans une volonté de jouer avec le concept de James Bond, en le poussant dans ses retranchements les plus extrêmes. Et c’est ce Vaughn va faire avec une joie tapageuse pendant tout son film, de la première à la dernière scène.

Les deux premières scènes, dans le moindre détail, vont par exemple très loin dans cette nouvelle mouture du mythe de Bond qui mêle respect et ironie. La première nous montre, pour donner le ton, que les héros qui viennent d’infiltrer violemment un complexe militaire irakien portent, sous les gilets pare-balles et les cagoules, de détonnants costumes à rayures de banquiers. La deuxième poursuit la gamme avec l’entrée fracassante d'un Kingsman, tout de tweed vert et pochette rouge, le parfait Jack Davenport, puis l’entrée de la méchante, armée de prothèses de jambes/sabres, comme un hommage au haut de forme/scie de Goldfinger. D’une violence extrême, la scène tourne avec un humour détonnant autour d’un enjeu absurde, ne pas renverser un verre de whisky hors d'âge. Le ton est donné.

Le héros, fils racaillou d'un ancien Kingsman va nous servir de guide dans ses efforts pour intégrer l’agence (la scène où Colin Firth annonce à l'enfant la mort de son père et lui transmet la médaille fait d'ailleurs un joli clin d'oeil à Tarantino, dont l'esprit n'est pas loin). Il va donc nous faire découvrir par son regard décalé, le côté feutré et absurde de ce monde d’un espionnage aussi violent que suranné et snob. Procédé classique, mais le choix des décors, des costumes et accessoires, notamment les invraisemblables combinaisons à carreau de la Seconde Guerre Mondiale et le carlin Jack Bauer, est parfait pour maintenir cette dynamique goguenarde.

Vaughn met évidemment au centre de son meta film la discussion classique entre son Bond et son méchant, en la poussant très loin, avec un Samuel Jackson zozotant, casquette vissée sur la tête, qui invite Colin Firth en smoking à partager un big mac. La discussion porte sur ce que chacun voulait être en étant enfant : méchant mégalomane et flamboyant pour Firth, gentleman espion pour Jackson. Evidemment.

Mais tout en conservant sa trame d’archplot ultra-classique, Vaughn décide de partir dans un délire visuel absolu et de déconstruire dans les dialogues les codes, qu’il respecte pourtant à la lettre, en les exagérant. C’est là toute la force de Kingsman, cette volonté sale gosse de tout balancer. De faire du costume croisé un uniforme de super héros et de livrer en costume une série de scènes de baston plus délirantes les unes que les autres. Quitte à aller même très loin, quand, au centre du film, le héros massacre joyeusement une bande de civils. Certes bien fachos, mais civils, malgré tout.

Tous les ingrédients du Bond y sont finalement: la bond girl, la scène de cul finale, la base secrète du méchant, le responsable des gadgets mi-amusé, mi consterné par son poulain (Mark Strong, pince sans rire à souhait), mais Vaughn prend tout à contre-pied. La Bond girl n’a aucun intérêt pour le héros, la princesse (littéralement) à sauver est à la limite de la nymphomanie, les gadgets ne fonctionnent pas et Q refuse de prêter ses jouets…

Jusqu’au bout, avec un sens de la mise en scène consommé, Kingsman mène avec brio cette partition paradoxale, respecter le code et le pervertir, jusqu’au traitement très ironique des punchlines, qui sont pourtant présentes. Je sais que c’est une de mes marottes, mais même le traitement de la musique y est très pensé, notamment dans la bataille finale où la musique disco n’est pas un habillement, mais un enjeu de scénario, là aussi méchamment décalé.

Même dans l’approche de ses deux personnages principaux, Vaughn est là aussi à la fois classique et moderne, tant il passe le film à suggérer, ce que les Bond ne font jamais, que la personne importe peu devant sa fonction, son nom de code. La scène finale suggère d’ailleurs par un parallélisme rigolard à quel point le maître et l’élève sont interchangeables. L’un est devenu l’autre.

Parce que son humour distancié et très british est omniprésent, Kingsman peut se permettre son outrance et sa violence. Comme dans son précédent film, Vaughn signe à la fois un vibrant hommage à la saga Bond, tout en s’en moquant ouvertement. C’est un numéro d’équilibriste, mais que le style sauve en permanence. Et après tout, n’est-ce pas logique dans un film dont la devise des deux scènes clés est « manner maketh man » ?

La minute sériephile : Jack Davenport est un acteur qui gagne à être vu en série. Autant dans la brillante sitcom Coupling, de Steven Moffat, où il excelle en anglais upper middle class coincé, que dans Smash, où il est plus étonnant en compositeur playboy tête à claque.


La minute geek : dans l’armurerie des Kingsman, Colin Firth fait une curieuse réflexion sur le fait que les Ipads des Kingsman ne sont que des Ipads, la technologie les ayant rattrapés. Intéressante réflexion à tiroir de Vaughn, encore une fois, puisqu’au final, ce n’est pas le hack qui sauvera le monde mais bien un gadget vieux comme le monde, la chaussure avec lame intégrée, déjà présente en 1963 dans Bons baisers de Russie