mardi 22 juillet 2014

Transformers 4, l'âge de la consternation



Le genre: le lifting de trop



En regardant Transformers 4, une chose m’a frappé. Je n’ai cessé de me demander pourquoi, et Michael Bay, et Hasbro, et Paramount ont manifestement décidé de virer l’ensemble des scripts et des vérificateurs de leurs studios. C’est la seule chose qui puisse expliquer qu’à tous les niveaux, celui du détail comme celui de la mythologie au sens large, ce film n’ait ni queue ni tête.

Je m’explique. Au sens large, l’Age de l’Extinction, introduit une nouvelle notion, celle de la création des Transformers par une autre race, manifestement organique. Race qui pour une raison très obscure (ou plutôt très omise lors de l'écriture du scénario) veut récupérer tous ses « Primes » lesquels sont en fait des chevaliers chargés d’explorer la galaxie. Une notion qui vient juste rayer de la carte toute la mythologie de la guerre civile de Cybertron, donc la base des 3 films précédents, mais qu’importe. On y apprend également que les souvenirs et donc les connaissances des Transformers sont stockés dans leur Spark, dans leur poitrine, mais pendant tout le film les scientifiques ont accès à ces souvenirs en disséquant les têtes des robots...

Au niveau des détails, je ne donnerai qu’un exemple de l’absence manifeste de script sur le plateau ou au montage. Dans une scène, les personnages sont dans un ascenseur, qui ne démarre pas parce qu’ils sont trop lourds. Mark Wahlberg en sort donc et l’ascenseur démarre. Problème, un plan montre la plaque indiquant que le poids maximum est de 680kg ou 9 personnes. Or ils ne sont plus que 3. En leur supposant très exagéremment un poids de 90kg pièce, il restait donc donc environ 400kg de charge. Soit Marky Mark a bien grossi depuis son bref passage au New Kids on The Block, soit le machin extraterrestre qu'ils transportent pèse 350 kg. Malheureusement, dans le plan suivant, Stanley Tucci trimballe le dit machin gaillardement à l’épaule.L’adrénaline, certainement…

Je pourrai m’étendre des heures mais ça n’a aucun sens. Le film est très simple, aucun personnage n’est écrit, sauf peut-être Stanley Tucci, le méchant devenu gentil mais qui reste sarcastique et passe le film à traiter les autres de cons. Maigre consolation. Une partie des personnages n’a littéralement aucune fonction ou aucun rôle, comme le surfer texan ou la géologue britannique (que sa bonnassitude sauve malgré tout et lui permet de survivre tout le film). 

Les effets spéciaux sont évidemment très réussis, mais l’empilement de scènes bien faites mais finalement sans imagination finit par franchement emmerder le spectateur, qui se fout d’ailleurs aussi des enjeux du (maigre) scénario. On est quasiment dans un film à sketches, puisqu'il n'y aucun liant entre les éléments. Ce qui est un progrès, cela dit, par rapport au 3, qui empilait une intro chiante de 1h45 sans action puis un final de 45 minutes sans respirations.

Nouveauté, cela dit, une partie du discours lourdingue sur la sécurité et la nation est déplacée vers un humain, qu’Optimus Prime finit par flinguer. Alors oui, c’est une première pour Optimus de tuer un humain, mais une minute après, on découvre aussi qu’Optimus vole, manifestement depuis le début. Alors bon, la cohérence…

Petit point qui m’a tout de même fait rire, Optimus Prime doit convaincre à un moment les Dinobots de se rallier à lui. Ce qu’il fait naturellement à grand coup de lattes hydrauliques dans le museau, dans une scène qui, fracas métallique mis à part, m’a furieusement rappelle celle d’Horizons Lointains ou Tom Cruise cogne son cheval pour le convaincre de participer à la course… Ça ne rattrape pas les 2h45 de consternation qui entourent cette scène.

La seule chose qui sauve peut-être le film, c’est la joie délirante avec laquelle Michael Bay dynamite ses propres codes en les usant sciemment à l’excès, comme un gamin rageur. Il coupe ses musiques épiques en plein milieu pour des scènes comiques impromptues et, dans une forme d’auto-parodie qui finit par relever de la psychiatrie, la moitié des plans sont baignés dans son putain de coucher de soleil orange, sans que le moment le justifie. Dans une journée baysienne, le soleil se couche manifestement 19 fois avant de se relever.
Bay, déjà taxé de racisme pour son précédent film, continue aussi à se vautrer avec une joie gamine dans les clichés ethniques, type tous les chinois font du kung fu, et les punch lines débiles. Le tout dans un grand bruit de tôle froissé, avec en prime, une seconde scène de destruction de Chicago, à se demander quel est son problème avec Chicago. Faut-il chercher du côté de ses exs ?

Même si on est client, le tout est quand même très indigeste. En revanche, si vous intéressez au monde des gens dont les thérapies coûtent 250 millions de dollars et s’imposent au monde, ce Transformers 4 à une bonne place aux côtés du dernier X-Men de Brian Synger.

La minute sériephile : drôle de destin que celui de Kelsey Grammer, manifestement abonné maintenant aux rôles de bad-ass en costume rayé (Beast dans X-Men, Attinger ici). Il reste pour moi le héros de sa sitcom Frasier, un psy de Seattle totalement névrosé, d’une préciosité exacerbée parce qu’il vit mal ses origines populaires. Une série qui avait le mérite d’être à la fois snob et fondé sur une véritable dynamique de comique de situation. Une série qui est aussi l’un des spin-offs les plus réussis de l’histoire avec 11 saisons, Frasier Crane étant, à l’origine, un des clients du bar de Cheers.

La minute geek : je ne cesse, dans chaque film de Michael, de m’émerveiller de sa conception toute personnelle des propriétés physiques du verre et du béton. Moi, quand je tombe sur le trottoir du haut de mon 1m85, certes poussé, je finis à l’hôpital pour me faire recoudre le menton (true story). Mark Wahlberg, lui, roule sur le béton en tombant de 8 mètres en s’écorchant tout juste la main et réussit à traverser des centaines de vitres, sans jamais se couper, et. Il se salit aussi beaucoup le visage, mais son jean en titane n’a pas un accroc malgré des centaines de chutes et éclats divers et variés.

mercredi 2 juillet 2014

Under the skin, un film concept trop ambitieux ?




Le genre : remake tant attendu de La Mutante par Godard

Si j’en crois les critiques le sujet d'Under the skin est l’errance d’une extraterrestre qui séduit des hommes puis les fait disparaître. Sur cette seconde partie, je veux bien, mais sur le caractère « extraterrestre », je ne vois pas exactement ce qui permet de tirer cette conclusion. Under the skin tient en effet plus de l’expérience sensorielle que du film, à proprement parler. Peu de dialogues, une intrigue quasi inexistante, tout n’est qu’un prétexte à la recherche formelle de Glazer, sur le thème du désir dans sa forme la plus brutale, de l'attraction physique pure.

La caméra y suit donc l’errance d’une Scarlett Johansson, qui continue son exploration personnelle après Her, et son rôle où elle n'apparaissait pas à l'écran, en renversant la vapeur pour un rôle qui n'est quasiment que de l'apparition physique, celui d'une séductrice sans personnalité. Littéralement. Son rôle, durant les deux premiers tiers est plus une fonction: attirer physiquement des hommes seuls puis les faire tomber dans son piège et les faire littéralement disparaître. Ces scènes d'abandon/mise à mort rythment le film, selon une logique identique, où la proie, subjuguée suit Scarlett (aucun personnage n’est nommé, le propos du film n’est pas là) dans un décor, ou une absence de décor, plus précisément, sur une eau d’un noir d’encre, et s’y enfonce avant de disparaître. Le manège est, je dois le reconnaître, hypnotique.

La première partie suit donc le rituel de séduction moderne, ici réduit à son aspect le plus physique, une forme d’errance permanente sur les routes, ponctuées de rencontre fortuites. Tout comme Her, Under the Skin s’interroge sur ce qu’est devenu le rapport de séduction, à une époque où les rencontres sont tout à la fois désincarnées au début, via les réseaux de drague en ligne, ou au contraire très physiques et sans réelle exploration de l'autre, dans le cas de la rencontre en boîte, aussi exploré ici. Le constat de Glazer est d'ailleurs plutôt que la séduction a disparu au profit d'une forme de satisfaction immédiate du désir sexuel et que seul le corps importe donc. On note d’ailleurs que lors d’une scène où le personnage manque de se faire violer, la musique est la même que lors de ces moments où elle entraînait les hommes à leur perte. Le thème musical n’est donc pas celui de Scarlett, mais bien celui du désir destructeur qui ne tient aucun compte de l’autre, dans un rapport qui n'est plus séducteur/séduit, mais chasseur/proie.

Le travail sur la musique et la bande sonore est très poussé, pour créer ce rapport quasi hypnotique entre l’image, souvent métaphorique, et le son. La recherche formelle de Glazer est, de ce fait, déroutante, tant elle nécessite de s'y abandonner totalement pour prendre toute sa substance. Je comprends d'ailleurs qu’on ne rentre pas dans ce jeu, assez complexe, d’autant que la première partie offre, outre cette forme d'expérience, un panorama assez glauque de ce que l’Ecosse compte de banlieues déprimées et de bretelles d’autoroutes. Si la deuxième partie ne se déplaçait dans les paysages somptueux de l’Ecosse sous le brouillard, le ministère du Tourisme aurait eu matière à porter plainte…

Ce qui sauve le film du simple exercice de style formel, réussi mais finalement vain, c’est cela dit d’aller plus loin dans la réflexion sur la différence entre désir et séduction en introduisant plus tard un nouveau personnage, qui lui ne cherche pas à séduire, ne cherche probablement plus à séduire. Le retournement qui lui permet d'arriver sur la scène, c’est finalement un acte d’amour de la part de Scarlett: accéder au désir d’un jeune homme gravement difforme, qui sait qui ne pourra jamais séduire, ni probablement approcher, une femme et le laisser vivre. C’est ce déclic qui éveille le personnage de Johansson à la conscience de son corps, et donc de sa séduction, et l’emmène sur une autre voie, celle de l’exploration de soi, et de la difficile construction de l’intimité avec l’autre.

La difficulté principale de ce film réside malgré tout dans le fait qu'on est obligé de s'y plonger à corps perdu, faute de quoi on reste à la limite de l'hilarité devant l’incongruité de l’ensemble.Un choix finalement d'une parfaite logique, puisque c’est bien là le sujet du film: l’abandon au désir et à la sensation, le refus de toute rationalité et de toute prudence. Or cette adhésion immédiate, cette étincelle, tient autant à l'esthétique léchée et au travail sur la sensation qu'à un concours de circonstance, d'un état d'esprit à temps t. Accepter Under the skin ne demande pas la seule suspension volontaire du jugement, il faut une implication plus profonde.

Je ne conteste pas l’intérêt du projet et la rareté du film, mais je n’ai pas réussi à m’abandonner à cette logique. C’est dommage, je suis peut-être passé à côté, mais je ne garde pas un souvenir impérissable de l’expérience Under the Skin. Je dois avouer que je reste un brin perplexe et me demande si l’œuvre n’a pas plus sa place dans un musée que dans une salle. Pour l'occasion, je crée une nouvelle catégorie, les films "Euh..." sur lesquels je ne sais pas trop quoi penser.
La minute geek : Le moment où Scarlett apparaît enfin sous sa forme "réelle" avec sa peau mal ajustée sur son corps a quasiment suscité un fou rire chez moi, tant elle m'a fait penser à une scène similaire dans Bad Taste de Peter Jackson, certes la tronçonneuse en moins.

La minute sériephile : ce thème général d’une entité alien qui s’attaque à des hommes seuls, sans liens, et les fait disparaître en les attirant des maisons d’apparence anodine dans des banlieues anglaises déprimantes m’a aussi furieusement fait penser à la moitié des épisodes de Doctor Who. Malheureusement, ici point de Docteur fantaisiste pour sauver la Terre… Il y a bien un genre de bûcheron violeur, mais il porte malheureusement assez peu de Converse ou de tweed, selon que vous êtes Tennantien ou Smithien.

mardi 17 juin 2014

Valar Morghulis, all shows must die





J’aime autant prévenir tout de suite, ça spoile sévère par ici. Bref, qu’est ce qui différencie la saison 4 de Game of Thrones des précédentes ? Deux changements majeurs dans la construction, l’un voulu, l’autre à mon avis plus subi. 

Pour le voulu, déjà l’apogée de la saison est dans son épisode final, contrairement à l’habitude de la placer dans l'épisode 9 : décapitation de Ned Stark, bataille de Blackwater et Red Wedding respectivement. Est-ce gênant ? Oui, considérablement. Ce choix correspondait à une philosophie d’écriture intéressante : dire que dans un monde aussi violent, un événement de cette ampleur, malgré sa charge émotionnelle, ne vaut surtout que par la façon dont il rebat les cartes politiques. Ici on revient à une construction classique, qui finit par sombrer un brin dans le ridicule tant elle ne nous offre pas un mais 19 cliffhangers dans le final.

Ce choix est aussi la conséquence de l’autre changement de construction, à savoir l’absence de ligne directrice de la saison. Il n’y a plus d’événement qui puisse lier les personnages entre eux, ni la peur de Daenerys, ni la lutte entre les Stark et les Lannister, ni rien. La bataille est finie, chacun fait son petit bonhomme de chemin. C’est d’autant plus dommage que la série tente maladroitement de recréer du lien a posteriori entre des événements apparemment sans rapports, le fait que la lutte entre les Stark et les Lannister soit finalement un énorme complot de Littlefinger, par exemple.


Je reproche aussi à l’écriture un franc foutage de gueule pour ménager ses effets. On a donc passé la moitié de la saison dans les bordels pour légitimer le personnage d’Oberyn, pourtant sans fonction autre que celle d’un accessoire d’intrigue, pour mettre un suspens dans un procès dont l’issue était pourtant annoncée dès le début ou encore passé la moitié de la saison à suivre Ramsay Snow, et son désir d’expansion très locale, dont on se fout, même si j’aime bien Misfits. En revanche, quasiment pas un mot sur Stannis, qui débarque dans le dernier épisode comme une fleur avec le seul mouvement foncièrement politique de la saison, la relégitimisation de son trône par le Nord.

Petit point géo, ici, d’ailleurs. Euh, si Stannis a réussi à débarquer au Nord du Mur avec toute une armée en bateau, sans se faire griller il sert à quoi le Mur ? Après quatre saison, on comprend que c’est la ligne Maginot de Westeros, un bel ouvrage mais qui protège la mauvaise frontière ?


 Tout n’est évidemment pas à jeter, mais je regrette très sincèrement la qualité d’écriture des saisons précédentes. Les motivations des personnages deviennent grossières, ce qui se ressent dans leur jeu, Tyrion excepté, qui s’en sort avec à peu près le meilleur axe de la saison. J’en prendrais simplement deux exemples, la voix de Littlefinger, de plus en plus rauque au fur et à mesure que son personnage est sombre (sûrement le syndrome de Batman), ou le personnage de Jaime, très bien mené la saison précédente, notamment sur ses motivations profondes à tuer le roi, et qui cette saison boude ou fait pas des calins à son petit frère quand il n’est pas occupé à violer Cersei. Un violeur émo et incestueux, belle évolution du personnage qui nous expliquait la notion d’intérêt général en saison 3.

 Bref, tout ça me dérange tant il n’y a plus de ligne directrice, juste des intrigues, de qualité variée, qui avancent en parallèle. Ca fait des bonnes scènes, notamment pour Arya et Sansa ou Tyrion, mais l'ensemble est assez inégal. Quand même le 9ème épisode, censément clé, ne présente en une heure que l’escarmouche de l’avant-garde d’une armée, je doute un peu. Pourquoi Stannis n’arrive pas à ce moment ? Pourquoi embaucher des gens comme Ciaran Hinds pour un rôle devenu si anecdotique que Mance Rayder ?


J'ajoute, et ça c’est mon côté Affaires Publiques, mais la situation politique me préoccupe un peu. Si on regarde bien, notre jeune roitelet, aussi sympathique qu’il soit n’a, à compter de ce soir, plus de Premier ministre, mort d’une gastro foudroyante, plus de ministre des Finances, condamné à mort et en fuite, un ministre de la Marine réputé pour son incompétence et un commandant de sa garde remarquablement léger (comment Tyrion a-t-il pu se balader dans tout le château ? une enquête parlementaire est en cours…) et un Maître Espion en goguette.

Allez, malgré tout, je vais être optimiste parce que le final ouvre quand même trois pistes intéressantes. Le départ de Tyrion et Varis pour Bravos, le départ d’Arya pour Bravos et le renoncement de Daenerys à ses dragons, qui confirme qu’elle assoit son trône à l’Est et renonce à Westeros. Même si sur ce point, la sortie des dragons du scénar, c’est un peu cracher à la gueule du public qui attend de les voir en action, comme promis dès le début.

Peut-être que toute cette saison n’était finalement qu’un grand épisode dix. Les derniers soubresauts de la guerre entre Stark et Lannister. La série met littéralement dans sa scène final cap vers un Est plein de promesses, ce que confirme d’ailleurs le casting, avec une arrivée en force du reste de la famille Martell. Alors, bon, soyons positifs. Une saison 4 qui a flingué la série pour mieux la faire renaître sur de nouveaux enjeux en saison 5 ?


La minute sériephile : Game of Thrones constitue quand même une évolution complexe pour HBO, dans la mesure où c’est une série chorale, mais avec une fanbase hystérique et un matériel source précis. Donc pas possible de la terminer comme ses précédentes séries chorales sur des non-fins, comme Oz puis les Les Sopranos. Ce qui me fait un peu peur. Soit il va falloir écrémer le casting au fur et à mesure pour n’avoir pas trop de boucles à fermer, soit il va falloir faire accepter que cette série peut ne pas avoir de fin parce que l’Histoire avance sans cesse.


Un peu de légèreté pour finir : au-delà du fait que tout le monde voulait le voir mourir, la mort de Joffrey aura quand même eu le mérite de générer ce magnifique meme :


Autre point, je ne sais pas si c’est ce personnage qui l’a dégoûté, mais l’acteur Jack Gleeson a annoncé qu’il mettait fin à sa carrière pour se consacrer plutôt à ses études de philosophie.

mardi 27 mai 2014

X-Men, Bryan Singer préfère casser ses jouets que les prêter



Le genre : enfant maudit de Retour vers le Futur ?

Faisons d’abord un peu d’histoire des films de X-men pour comprendre d’où arrive X-Men Days of the Future Past. Les deux premiers films, réalisés par Singer, se laissent regarder pour peu qu’on mette de côté la direction artistique de Singer, pas assez pop à mon goût, et une volonté délibéré de faire des films peu ancrés dans le réel (actions dans les lieux isolés, pas de références au monde contemporain). 
Suit The Last Stand, avec Brett Ratner à la réalisation, pour des questions d’agenda. La pente s’accentue, le film se concentre sur ses effets spéciaux pour donner un résultat très peu humain, sans émotion, boudé par la critique, et au final absurde et putassier (Magneto regagne ses pouvoirs et Xavier ressuscite).

Arrive en 2011 Matthew Vaughn, chargé du prequel First Class. Et ce qui dérange Singer, c’est qu’il réussit le meilleur de la série et le plus proche de l’esprit pop du comics. Iconographie 60’s maline, qui sait emprunter aux vieux James Bond, retour de la sexytude et de la couleur, humour, personnages divisés sur le rôle qu’ils doivent jouer dans la société. Le film cherche à comprendre comment Xavier et Magnéto sont devenus ennemis et explore le personnage de Mystique vers le radicalisme politique. Il va plus loin et fait des X-men une composante essentielle de l’Histoire, en les mettant au cœur de la crise des missiles de Cuba.

Mais Singer revenu aux commandes décide en gamin de balayer en partie la volonté de Vaughn qui devait réaliser celui-ci, à savoir continuer à explorer les 70’s, le meurtre de Kennedy, la guerre du Vietnam et le mouvement des droits civiques, ce qui est logique par rapport au dilemme sur l’integration des mutants. Non il préfère intégrer tout ça de façon très, très artificielle dans une histoire de futur apocalyptique et de retour dans le passé, pour faire un X-Men pur Singer, bavard, filmé de nuit, concentré sur les pouvoirs et non les personnages. 

Le film oscille donc entre le combat des mutants survivants dans le futur, pour protéger Wolverine parti dans le passé changer l’histoire, qui a dérivé en 1973 quand Mystique a assassiné le prince Tyrion. Je pourrais donner le nom de l’acteur ou celui de son personnage, mais c’est un choix de casting tellement opportuniste pour un personnage à peine écrit et sans le moindre trait particulier que je me contenterai de Tyrion.
Le problème, c’est que contrairement à Vaughn, le passé n’intéresse pas Singer.

Plutôt que de suivre Vaughn sur sa piste de reboot, il préfère s'embourber dans une histoire de changement du futur floue et opportuniste. On peut changer un peu le futur. Ou beaucoup. Ou peut-être pas. Ça dépend de ce qu'il arrange. Et puis au fond, il s'en fout, ça lui permet de ressortir SES X-Men et leur inénarrables costumes en cuir.

Il balaie la direction artistique 60’s pour recoller partout dans son putain de clair-obscur (la première moitié du film se passe de nuit ou dans le manoir Xavier les volets fermés). Quand il est obligé de remettre l’Histoire en scène, il le fait de façon totalement anecdotique, hop, 5 minutes débiles à Saïgon, hop 10 minutes à Paris) sans vrai intérêt pour l'imagerie, en lui préférant la carte postale (les DS par exemple, qu'on voit partout dans Paris en 1973). Le reste du temps il crée un passé tellement énorme et spectaculaire qu’il désolidarise, encore une fois, son film du réel. Comment, vous ne vous rappelez pas de l'agression de Nixon par des robots géants devant toutes les télés du monde ? Reprenez votre Berstein & Milza, c’est sûrement évoqué…

C’est un postulat que je pourrais accepter, si, par ailleurs, par petites touches pathétique, Singer n’en profitait pas aussi pour légitimer la continuité de ses propres films (notamment la haine de Stryker pour Wolverine ou l’intégration du Crapaud dans la confrérie de Magneto). Comble du foutage de gueule, il en profite en revanche pour effacer, sans la moindre explication, les événements de la continuité du 3, par une pirouette scandaleuse. Ce n’est pas seulement idiot, c’est inélégant et mesquin.

Concernant les personnages, je ne vois pas pourquoi Singer a autant fait le malin sur son casting sur Twitter, tant il sous-emploie tout le monde. Le casting est soigneusement divisé en 3 catégories : Wolverine + le cast principal de First Class (Jackman, Fassbender, MacAvoy, Jennifer Lawrence et un Nicolas Hoult miraculé) d’un côté,  les deux vieux acteurs anglais pour balancer de la réplique shakespearienne qui claque, mais qui ne servent pas grand-chose, de l’autre, et le reste (Ellen Page, Halle Berry, Omar Sy, Shawn Ashmore, Lucas Till, Famke Jensenn qui ont en moyenne entre une et trois remarques dans le film). Le seul qui s’en tire c’est le petit nouveau, Peter Evans, avec une scène sur l’utilisation, disons, espiègle, qu’il fait de son pouvoir, la vitesse, quand il se bat. La seule scène qui d’ailleurs fait un usage intelligent de la musique, le reste est dans le pompier habituel.

Le rôle de Jennifer Lawrence est le parfait exemple de cette fusion ratée entre les deux univers. Singer avait fait de Mystique un accessoire, rien de plus, comme d'ailleurs la plupart de ses personnages féminins, à part Malicia, dont le pouvoir est quand même de tuer des mecs au lit. Un vague discours communautariste sur le droit à la différence comme un combat justifiait son terrorisme. Vaughn avait au contraire choisi de voir la genèse, une jeune fille qui doit faire le dur apprentissage de la différence et qui décide de l’assumer.

Singer ne sachant pas trop quoi en faire, alors que c’est la clé de son film choisit allègrement de ne pas choisir. Son personnage fait donc des choix totalement incompréhensibles, notamment au regard de la suite. C’est donc une ado fleur-bleue/terroriste bad ass selon les moments. On ne peut d’ailleurs que supposer que la pauvre Mystique, quelque part dans les 80’s, va subir un traumatisme crânien qui justifie qu’elle devienne la boniche écervelée de Magneto qu’elle est dans les 3 premiers X-Men.

L’apothéose d’action finale est jolie, quoique fortement débile, puisque l’impressionnant stade volant n’a quasiment aucune fonction dramatique. Après les derniers coups, le film se clôt pépère sur 5 minutes complètement ahurissante ou Singer fait son marché dans ce qu’il veut garder/jeter dans la continuité, pour préparer son prochain film. En guise de final j’attendais un peu plus d’ambition. Quand je lis que certains acteurs ont signé pour 5 films, je m'inquiète.

Au mieux, pour le côté sombre, on pourrait y voir du Nolan raté. Mais pour ça, encore aurait-il fallu que Singer ait un talent d’écriture. Bref, un film bourré d’aberrations pour réconcilier deux univers qui ne vont pas ensemble, des personnages taillés à la serpe (voire pas du tout taillés), le tout en concentrant tout l’humour dans les vannes de merde de Wolverine, furieusement 90’s, que Vaughn avait réussi à écarter. Ringard, égocentrique et dispensable.

La minute geek : après recherche, il paraît que dans les commentaires audio de X-Men 3, Singer indique que le corps dans lequel Xavier s’est incarné après sa dispersion physique était celui de son frère jumeau, jamais mentionné ailleurs. Ca résout au moins le problème sa présence dans le futur, mais ça n’explique pas pourquoi il est paraplégique. A moins que son frère jumeau comateux depuis avant 1963 ait aussi eu la malchance de perdre l’usage de ses jambes avant de tomber dans coma. 

Vous me direz, c’est toujours moins débile que penser qu’il a eu pour jumelle une entité astrale qu’il a éliminé dans l’utérus de sa mère, mais dont la conscience télépathe est restée en suspension dans l’espace jusqu’à ce qu’elle puisse s’incarner physiquement pour vivre dans les égouts. Et pourtant, ce personnage, Cassandra Nova, existe dans les comics. Alors bon, mon histoire de paraplégie…

La minute sériephile : j’hésite entre vous parler de Nicolas Hoult, le Tony Stonem des 2 premières saisons de Skins… D’Anna Paquin qui a manifestement préféré de concentrer sur True Blood, puisqu’elle n’a même pas ici une réplique, juste un plan. Ou encore de Peter Dinklage, mais je l’ai déjà fait.