jeudi 7 août 2014

La planète des singes, l’emmerdement




Le genre : gorilles dans la brume avec plus de flingues

Le précédent film du reboot de la Planète des Singes explorait une piste intéressante, l’événement qui permet au singe de se rebeller. C’était donc un film avec une forme de suspense et d’enjeu dramatique. Le film prenait aussi le contre-pied complet de la série originale, dont l'enjeu était la reconquête de la planète par les hommes, en essayant plutôt de comprendre leur chute. Le désenchantement des années 00 était passé par là...

Foin de tout ça dans la suite, foin de James Franco aussi et de sa relation père fils avec le singe César, on est là pour voir du singe bad ass balayer les restes de l’humanité, décimée par un virus à la fin du premier volet. Et pourtant… Le film réussit l'exploit d'être affreusement chiant, en menant avec une absence de rythme qui laisse pantois une intrigue mal conçue.

L’extinction commence donc par une exposition d'une longueur ahurissante et totalement hors de propos. En gros, les singes et les hommes vivent dans leurs coins respectifs ignorant si l’autre groupe a survécu. Mais une expédition humaine dans la forêt pour remettre en service une centrale hydraulique change la donne.
Après une heure de scènes niaises et grotesques où les deux camps se découvrent, négocient, voire s'entraident ou deviennent potes, en mode nous ne sommes pas si différents, le film bascule de façon totalement artificielle dans l’attaque des singes sur la ville des hommes, mal menée et longuette.

Le sujet du film voudrait en fait être la confrontation non entre deux mondes, mais entre deux visions de la notion de territoire. Astuce, il s'avère qu'il n'y a une vision homme et une vision singe, mais deux camps comparables, et chez les hommes et les singes. Ouh, que c'est original! A la truelle, chaque camp est dirigé en duo par un militariste hystérique qui veut exterminer le camp adverse par précaution (Gary Oldman chez les humains, Koba le singe pas cool chez les singes), et un pacifiste qui pense que la coopération est la clé (César le singe cool chez les singes, le héros dont j’ai oublié le nom mais dont tout le monde se fout chez les humains).

La guerre commence quand les militaristes des deux camps arrivent aux affaires. Bâillement... tant, le tout est mené dans la seconde heure à base de twists idiots, de confrontations qui ne suscitent qu’un intérêt très limité, notamment le combat de Cesar et Koba ou la diatribe finale de Oldman, au point que le spectateur a juste envie que le tout prenne fin, d’une façon ou d’une autre.

Le film souffre aussi d’une incohérence dans le scénario très gênante: les singes « intelligents » sont ceux de San Francisco uniquement, là où l’humanité a manifestement survécu en plusieurs endroits, au moins deux, ce qui laisse présager des groupes dans toutes les grands centre urbains et/ou centres isolés types garnisons. Du coup, même si la bataille de San Francisco est remportée par les singes, ils resteront très localisés et majoritairement en infériorité numérique et technique.D'autant qu'une garnison militaire arrive en renfort pour finir le taff des défenseurs de San Francisco.

Et s’il n’y a avait que ça ! La première heure et demie, les singes parlent en langue des signes, jusqu’au moment où ça a du soûler le réalisateur, qui fait une transition par quelques mots un peu grognés avant de passer 15min après à des phrases complexes complètes et des dissertations sur la paix, la guerre et le prix des denrées en ce moment ma bonne dame.

Seul petit point qui sauve très vaguement le film, à environ 2 min de la fin, le scénariste se souvient qu’il avait pris comme angle de son film la notion de leadership dans un groupe. Ça lui permet de faire une scène acceptable sur la notion de compromis nécessaire avec ses convictions pour maintenir soudé un groupe qui, éparpillé, n’aurait aucun chance. Je n’irais pas jusqu’à parler de réflexion sur la raison d’Etat ou la primauté de l’intérêt général, mais bon, après 2h08 de dialogues ineptes et de scènes idiotes, ça fait un peu de bien.

A éviter donc, à moins d'avoir vraiment du temps à perdre.

La minute geek : un seul truc sympa, le moment où le courant revient et la lueur de joie dans les yeux de Oldman quand il entend le bruit si familier d’un Ipad qui se met en charge. Un embryon de pensée sur ce lien aujourd’hui si viscéral à notre technologie, à nos souvenirs et la seule évocation non pas du combat pour reconstruire un nouveau monde, mais pour retrouver le monde perdu. Wouhou, 30 secondes de film qui ne sont pas à jeter!

La minute sériephile : le côté gnangnan de toute la première partie du film s’explique quand on sait que le réalisateur, Matt Reeves, a fait ses premières armes sur Felicity, une série consternante de mièvrerie, dont il recycle d'ailleurs l’actrice ici. Dieu merci pour lui, il a co-créé la série avec J.J. Abrams, qui du coup lui a produit son premier long en tant que réalisateur, Cloverfield. Le bon J.J. aurait mieux fait de rester couché ce jour là.

mercredi 6 août 2014

Au premier regard... Mais qui écrit les titres, bordel ?


Le genre: ce que je voudrais garder de nous c'est le sucre et le miel



Dans la torpeur de la fin d’été de Sao Paulo, le jeune Leo, un adolescent aveugle tombe amoureux de son camarade de classe Gabriel. Problème, deviner si des sentiments sont réciproques n’est déjà pas évident quand on est ado, alors quand on ne voit même pas l’objet de son affection…

Évidemment, ce scénario, par sa double composante homo/handicap sent le film indé entre intimisme et militantisme, et a pu faire fuir plus d’un de mes habituels camarades de ciné. C’est dommage, parce que la grande force d’Au premier regard c’est d’être justement une belle chronique adolescente sur les premières fois et la naissance du désir, et non un film sur la découverte de l’homosexualité ou la vie avec un handicap.

Le personnage de Leo est très attachant précisément pour la force de l’identification qu’il suscite, aveugle ou non, homo ou hétéro. C’est juste un ado, et même un ado bien dans sa peau, qui se dit qu’il tenterait bien le coup avec Gabriel, qui a envie d’aller faire la fête, de prendre une cuite pour la première, qui a aussi ses complexes, et sa volonté de se rebeller.

Le titre français, je fais une parenthèse pour justifier ici mon titre, est d’ailleurs un jeu de mot idiot sur le handicap du héros, là où le titre original est, là encore, tout bêtement sur le désir de couple. Le film s’appelle en portugais « aujourd’hui, je veux rentrer seul », titre qui devient d’ailleurs dans le dernier plan du film « aujourd’hui je veux rentrer à deux », preuve que la vue n’est bien pas du tout le sujet du film. 

Il est entouré d’une galerie de personnages bien campés parce qu’eux aussi un peu contradictoires, comme on l’est tous. Le personnage de son père notamment, protecteur mais à l’écoute offre quelques belles scènes sur la difficulté à accepter qu’à un moment, les ados, même aveugles, veulent devenir libres. Gabriel, l’objet de toutes les convoitises, lui aussi, est une belle esquisse d’ado qui, peut-être, ne restera pas avec des hommes toutes sa vie, mais dont les sentiments et l’attirance pour Leonardo sont à l’évidence très sincères. Pareil pour la réaction en deux temps de la meilleure amie Giovanna lors du coming-out de Leo, très finement écrite.

Daniel Ribeiro filme le tout avec une volonté manifeste de rendre cette chronique aussi universelle que possible, en gommant tous les éléments identifiants et ne revendiquant aucune identité brésilienne. Le film se passe à Sao Paulo mais pourrait bien avoir lieu  dans n’importe qu’elle banlieue résidentielle bourgeoise. Même temporellement il évite toute musique, toute référence culturelle qui pourrait le marquer et le dater.

Il capte en revanche des instantanés d’une très grande justesse, des attitudes, qui lui donnent son caractère touchant et universel. Je pense par exemple à un geste du héros qui attend un texto qui ne vient pas, et qui décide du coup d’aller faire un tour avec sa mère, en laissant son portable à la maison. Pour calmer l’attente et espérer faire arriver le texto… Cette logique de la théière qui bout mieux quand on ne la regarde pas, je pense que tout le monde l’a vécu, et c’est là la force du film, ss'ancrer sur les petites choses.

C’est peut-être pourtant là où le bât blesse. Le film m'a indéniablement plu, tout en me dérangeant un peu. Ce qui fait sa force est peut-être aussi sa faiblesse : en voulant à tout crin rendre le côté banal de son intrigue, Ribeiro la fait aussi basculer dans un monde merveilleux et totalement déconnecté du réel. Pas de problèmes pour se balader la nuit en vélo ou dans les parcs de Sao Paulo, pas d’homophobie… Eventuellement un peu de méchanceté ado, mais quand même bien vite calmée, en mode même les bullies se taisent devant la jolitude du couple. Certes, ils sont mignons. Mais bon, cette incroyable capacité de tous les obstacles à voler en éclat devient un peu facile, au bout.

Il manque peut-être un peu d’amertume au film, un peu de cette composante d’apprentissage de l’adolescence et des premières confrontations à la souffrance. Ça n’en reste pas moins une jolie chronique sucrée, parfaite pour regagner le sourire.

La minute geek : un truc quand même m’a surpris. En classe, Leo utilise une machine à écrire pour taper ses cours en braille. Un truc infernal des années 50, qui fait un bruit insupportable. Il utilise en revanche un ordinateur de bureau chez lui. Pourquoi donc ne pas taper sur un portable plus discret  et utiliser un logiciel de lecture ?

La minute sériephile : difficile de dire quoi que ce soit ici. C’est dommage, je connais mal le paysage série brésilien. Ce que j’en ai vu sur place m’a pourtant bien fait rire.

mardi 22 juillet 2014

Transformers 4, l'âge de la consternation



Le genre: le lifting de trop



En regardant Transformers 4, une chose m’a frappé. Je n’ai cessé de me demander pourquoi, et Michael Bay, et Hasbro, et Paramount ont manifestement décidé de virer l’ensemble des scripts et des vérificateurs de leurs studios. C’est la seule chose qui puisse expliquer qu’à tous les niveaux, celui du détail comme celui de la mythologie au sens large, ce film n’ait ni queue ni tête.

Je m’explique. Au sens large, l’Age de l’Extinction, introduit une nouvelle notion, celle de la création des Transformers par une autre race, manifestement organique. Race qui pour une raison très obscure (ou plutôt très omise lors de l'écriture du scénario) veut récupérer tous ses « Primes » lesquels sont en fait des chevaliers chargés d’explorer la galaxie. Une notion qui vient juste rayer de la carte toute la mythologie de la guerre civile de Cybertron, donc la base des 3 films précédents, mais qu’importe. On y apprend également que les souvenirs et donc les connaissances des Transformers sont stockés dans leur Spark, dans leur poitrine, mais pendant tout le film les scientifiques ont accès à ces souvenirs en disséquant les têtes des robots...

Au niveau des détails, je ne donnerai qu’un exemple de l’absence manifeste de script sur le plateau ou au montage. Dans une scène, les personnages sont dans un ascenseur, qui ne démarre pas parce qu’ils sont trop lourds. Mark Wahlberg en sort donc et l’ascenseur démarre. Problème, un plan montre la plaque indiquant que le poids maximum est de 680kg ou 9 personnes. Or ils ne sont plus que 3. En leur supposant très exagéremment un poids de 90kg pièce, il restait donc donc environ 400kg de charge. Soit Marky Mark a bien grossi depuis son bref passage au New Kids on The Block, soit le machin extraterrestre qu'ils transportent pèse 350 kg. Malheureusement, dans le plan suivant, Stanley Tucci trimballe le dit machin gaillardement à l’épaule.L’adrénaline, certainement…

Je pourrai m’étendre des heures mais ça n’a aucun sens. Le film est très simple, aucun personnage n’est écrit, sauf peut-être Stanley Tucci, le méchant devenu gentil mais qui reste sarcastique et passe le film à traiter les autres de cons. Maigre consolation. Une partie des personnages n’a littéralement aucune fonction ou aucun rôle, comme le surfer texan ou la géologue britannique (que sa bonnassitude sauve malgré tout et lui permet de survivre tout le film). 

Les effets spéciaux sont évidemment très réussis, mais l’empilement de scènes bien faites mais finalement sans imagination finit par franchement emmerder le spectateur, qui se fout d’ailleurs aussi des enjeux du (maigre) scénario. On est quasiment dans un film à sketches, puisqu'il n'y aucun liant entre les éléments. Ce qui est un progrès, cela dit, par rapport au 3, qui empilait une intro chiante de 1h45 sans action puis un final de 45 minutes sans respirations.

Nouveauté, cela dit, une partie du discours lourdingue sur la sécurité et la nation est déplacée vers un humain, qu’Optimus Prime finit par flinguer. Alors oui, c’est une première pour Optimus de tuer un humain, mais une minute après, on découvre aussi qu’Optimus vole, manifestement depuis le début. Alors bon, la cohérence…

Petit point qui m’a tout de même fait rire, Optimus Prime doit convaincre à un moment les Dinobots de se rallier à lui. Ce qu’il fait naturellement à grand coup de lattes hydrauliques dans le museau, dans une scène qui, fracas métallique mis à part, m’a furieusement rappelle celle d’Horizons Lointains ou Tom Cruise cogne son cheval pour le convaincre de participer à la course… Ça ne rattrape pas les 2h45 de consternation qui entourent cette scène.

La seule chose qui sauve peut-être le film, c’est la joie délirante avec laquelle Michael Bay dynamite ses propres codes en les usant sciemment à l’excès, comme un gamin rageur. Il coupe ses musiques épiques en plein milieu pour des scènes comiques impromptues et, dans une forme d’auto-parodie qui finit par relever de la psychiatrie, la moitié des plans sont baignés dans son putain de coucher de soleil orange, sans que le moment le justifie. Dans une journée baysienne, le soleil se couche manifestement 19 fois avant de se relever.
Bay, déjà taxé de racisme pour son précédent film, continue aussi à se vautrer avec une joie gamine dans les clichés ethniques, type tous les chinois font du kung fu, et les punch lines débiles. Le tout dans un grand bruit de tôle froissé, avec en prime, une seconde scène de destruction de Chicago, à se demander quel est son problème avec Chicago. Faut-il chercher du côté de ses exs ?

Même si on est client, le tout est quand même très indigeste. En revanche, si vous intéressez au monde des gens dont les thérapies coûtent 250 millions de dollars et s’imposent au monde, ce Transformers 4 à une bonne place aux côtés du dernier X-Men de Brian Synger.

La minute sériephile : drôle de destin que celui de Kelsey Grammer, manifestement abonné maintenant aux rôles de bad-ass en costume rayé (Beast dans X-Men, Attinger ici). Il reste pour moi le héros de sa sitcom Frasier, un psy de Seattle totalement névrosé, d’une préciosité exacerbée parce qu’il vit mal ses origines populaires. Une série qui avait le mérite d’être à la fois snob et fondé sur une véritable dynamique de comique de situation. Une série qui est aussi l’un des spin-offs les plus réussis de l’histoire avec 11 saisons, Frasier Crane étant, à l’origine, un des clients du bar de Cheers.

La minute geek : je ne cesse, dans chaque film de Michael, de m’émerveiller de sa conception toute personnelle des propriétés physiques du verre et du béton. Moi, quand je tombe sur le trottoir du haut de mon 1m85, certes poussé, je finis à l’hôpital pour me faire recoudre le menton (true story). Mark Wahlberg, lui, roule sur le béton en tombant de 8 mètres en s’écorchant tout juste la main et réussit à traverser des centaines de vitres, sans jamais se couper, et. Il se salit aussi beaucoup le visage, mais son jean en titane n’a pas un accroc malgré des centaines de chutes et éclats divers et variés.

mercredi 2 juillet 2014

Under the skin, un film concept trop ambitieux ?




Le genre : remake tant attendu de La Mutante par Godard

Si j’en crois les critiques le sujet d'Under the skin est l’errance d’une extraterrestre qui séduit des hommes puis les fait disparaître. Sur cette seconde partie, je veux bien, mais sur le caractère « extraterrestre », je ne vois pas exactement ce qui permet de tirer cette conclusion. Under the skin tient en effet plus de l’expérience sensorielle que du film, à proprement parler. Peu de dialogues, une intrigue quasi inexistante, tout n’est qu’un prétexte à la recherche formelle de Glazer, sur le thème du désir dans sa forme la plus brutale, de l'attraction physique pure.

La caméra y suit donc l’errance d’une Scarlett Johansson, qui continue son exploration personnelle après Her, et son rôle où elle n'apparaissait pas à l'écran, en renversant la vapeur pour un rôle qui n'est quasiment que de l'apparition physique, celui d'une séductrice sans personnalité. Littéralement. Son rôle, durant les deux premiers tiers est plus une fonction: attirer physiquement des hommes seuls puis les faire tomber dans son piège et les faire littéralement disparaître. Ces scènes d'abandon/mise à mort rythment le film, selon une logique identique, où la proie, subjuguée suit Scarlett (aucun personnage n’est nommé, le propos du film n’est pas là) dans un décor, ou une absence de décor, plus précisément, sur une eau d’un noir d’encre, et s’y enfonce avant de disparaître. Le manège est, je dois le reconnaître, hypnotique.

La première partie suit donc le rituel de séduction moderne, ici réduit à son aspect le plus physique, une forme d’errance permanente sur les routes, ponctuées de rencontre fortuites. Tout comme Her, Under the Skin s’interroge sur ce qu’est devenu le rapport de séduction, à une époque où les rencontres sont tout à la fois désincarnées au début, via les réseaux de drague en ligne, ou au contraire très physiques et sans réelle exploration de l'autre, dans le cas de la rencontre en boîte, aussi exploré ici. Le constat de Glazer est d'ailleurs plutôt que la séduction a disparu au profit d'une forme de satisfaction immédiate du désir sexuel et que seul le corps importe donc. On note d’ailleurs que lors d’une scène où le personnage manque de se faire violer, la musique est la même que lors de ces moments où elle entraînait les hommes à leur perte. Le thème musical n’est donc pas celui de Scarlett, mais bien celui du désir destructeur qui ne tient aucun compte de l’autre, dans un rapport qui n'est plus séducteur/séduit, mais chasseur/proie.

Le travail sur la musique et la bande sonore est très poussé, pour créer ce rapport quasi hypnotique entre l’image, souvent métaphorique, et le son. La recherche formelle de Glazer est, de ce fait, déroutante, tant elle nécessite de s'y abandonner totalement pour prendre toute sa substance. Je comprends d'ailleurs qu’on ne rentre pas dans ce jeu, assez complexe, d’autant que la première partie offre, outre cette forme d'expérience, un panorama assez glauque de ce que l’Ecosse compte de banlieues déprimées et de bretelles d’autoroutes. Si la deuxième partie ne se déplaçait dans les paysages somptueux de l’Ecosse sous le brouillard, le ministère du Tourisme aurait eu matière à porter plainte…

Ce qui sauve le film du simple exercice de style formel, réussi mais finalement vain, c’est cela dit d’aller plus loin dans la réflexion sur la différence entre désir et séduction en introduisant plus tard un nouveau personnage, qui lui ne cherche pas à séduire, ne cherche probablement plus à séduire. Le retournement qui lui permet d'arriver sur la scène, c’est finalement un acte d’amour de la part de Scarlett: accéder au désir d’un jeune homme gravement difforme, qui sait qui ne pourra jamais séduire, ni probablement approcher, une femme et le laisser vivre. C’est ce déclic qui éveille le personnage de Johansson à la conscience de son corps, et donc de sa séduction, et l’emmène sur une autre voie, celle de l’exploration de soi, et de la difficile construction de l’intimité avec l’autre.

La difficulté principale de ce film réside malgré tout dans le fait qu'on est obligé de s'y plonger à corps perdu, faute de quoi on reste à la limite de l'hilarité devant l’incongruité de l’ensemble.Un choix finalement d'une parfaite logique, puisque c’est bien là le sujet du film: l’abandon au désir et à la sensation, le refus de toute rationalité et de toute prudence. Or cette adhésion immédiate, cette étincelle, tient autant à l'esthétique léchée et au travail sur la sensation qu'à un concours de circonstance, d'un état d'esprit à temps t. Accepter Under the skin ne demande pas la seule suspension volontaire du jugement, il faut une implication plus profonde.

Je ne conteste pas l’intérêt du projet et la rareté du film, mais je n’ai pas réussi à m’abandonner à cette logique. C’est dommage, je suis peut-être passé à côté, mais je ne garde pas un souvenir impérissable de l’expérience Under the Skin. Je dois avouer que je reste un brin perplexe et me demande si l’œuvre n’a pas plus sa place dans un musée que dans une salle. Pour l'occasion, je crée une nouvelle catégorie, les films "Euh..." sur lesquels je ne sais pas trop quoi penser.
La minute geek : Le moment où Scarlett apparaît enfin sous sa forme "réelle" avec sa peau mal ajustée sur son corps a quasiment suscité un fou rire chez moi, tant elle m'a fait penser à une scène similaire dans Bad Taste de Peter Jackson, certes la tronçonneuse en moins.

La minute sériephile : ce thème général d’une entité alien qui s’attaque à des hommes seuls, sans liens, et les fait disparaître en les attirant des maisons d’apparence anodine dans des banlieues anglaises déprimantes m’a aussi furieusement fait penser à la moitié des épisodes de Doctor Who. Malheureusement, ici point de Docteur fantaisiste pour sauver la Terre… Il y a bien un genre de bûcheron violeur, mais il porte malheureusement assez peu de Converse ou de tweed, selon que vous êtes Tennantien ou Smithien.